09.10.2008
Souverainisme et républicanisme. Partie 2
"Nation souveraine" : un pléonasme ?
Les deux principaux sens du mot « nation » : pour faire concis, le premier est une communauté humaine, repérable sur un territoire précis et ayant une historique, une langue, une culture, une économie commune. C’est celui qui se rapproche donc de la notion de peuple. Mais un peuple reconnu en tant que communauté de citoyens.
Le second, c’est l’Etat-nation, c’est-à-dire un peuple devenu souverain dans une sphère géographique (territoire délimité) et politique (régime défini) précise.
Le philosophe Robert Legros dit de la nation à l’époque romantique : « Dire que la nation est souveraine, c’est dire, dans la perspective libérale mais aussi dans la perspective organiciste du romantisme, que la nation forme un peuple. Et du même coup elle prend un sens nouveau. Mais la notion de peuple change elle aussi quand celui-ci est conçu comme souverain. Car le peuple devenu souverain par principe n’est plus le peuple d’autrefois. Il désigne certes, comme dans la Cité démocratique ancienne, l’ensemble des citoyens, mais il comprend par principe tous les membres adultes de la nation. Il ne désigne plus une classe : il ne se confond ni avec la classe des dirigeants, comme le dêmos de la démocratie ancienne, ni avec la classe de ceux qui sont dirigés par les Grands, comme dans l’Ancien Régime. Il s’étend jusqu’aux frontières de la nation. »
Généralement, quand nous collons à « nation » l’adjectif « souveraine » nous croyons à un pléonasme. Or, cela n’en est pas un, déjà à cause du premier sens du mot « nation » démuni de l’idée de souveraineté. Puis concrètement, il a existé – et il existera ? – des nations non souveraines.
Ne serait-ce qu’en Europe par exemple, on a connu des nations qui étaient des petits royaumes à souveraineté réduite et sous l’autorité d’une autre nation, puissante. Aujourd’hui, une partie des fédéralistes européens, lorsqu’on leur reproche qu’ils veulent en finir avec les nations d’Europe, démentent ceci en affirmant qu’ils ne veulent pas effacer la Nation mais créer une fédération d’Etats-nation qui auraient légué une part relative de leurs pouvoirs à un gouvernement européen. Pourtant il y a bien là l’idée d’un Etat-nation moins fort et, par conséquent, en prenant le second sens du mot « nation », d’une entité nationale réduite (perte d’identité, de légitimité, de souveraineté donc de démocratie).
Dans le cas de la Nation française républicaine, puisque sa constitution pose le principe de souveraineté, les défenseurs de la République sont forcément, selon moi, défenseurs de la Nation souveraine. Les républicains sont donc souverainistes ; en revanche nous pouvons être souverainistes et non républicains. Quoi qu’il en soit, se proclamer républicain - dans le sens défenseur des principes de la République française - doit engendrer la volonté de maintenir ou reconquérir la souveraineté nationale.
Si nous détachons la souveraineté de la Nation et plus particulièrement de la Nation républicaine, ce que certains souhaitent faire, nous pouvons imaginer la constitution d’une nouvelle république rayant le principe de souveraineté – une république faite de sujets non souverains et soumis car ralliés à la volonté d’une souveraineté d’un super-Etat européen – si l’on considère le cas européen. Vaste chimère encore aujourd’hui puisque, si chez les citoyens des différents Etats européens il existe un sentiment d’appartenance à un peuple, c’est généralement toujours en priorité à son peuple déjà constitué en nation c’est-à-dire à son pays. Ce qui est logique et légitime, la nation européenne n’est pas encore une réalité. Les mouvements postnationaux font bien mal leur boulot quant à imprégner les peuples d’une culture européenne visant à préparer la citoyenneté européenne, le sentiment d’appartenance à la nation européenne et a posteriori la naissance claire et nette de celle-ci. Logique, encore une fois, que ce soit difficile pour eux. La majeure partie des Européens ne veulent pas d’un super-Etat, fédération forcée des Etats-nation. Ils souhaitent que leurs représentants – les gouvernements nationaux – gardent le pouvoir afin de mieux les servir. Et ils se sentiront citoyens européens qu’à l’intérieur d’une République européenne ne pouvant être que l’addition des démocraties des nations d’Europe, une addition des « républiques » européennes.
Antoine Chimel
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