07.12.2008

Où va le PS ?

parti-socialiste.gif« Je ne crois pas du tout à une scission du PS : l'unité est dans les gènes de ce parti d'élus. C'est un système de pouvoir qui suppose que la grande machine demeure. L'expérience a montré que toute forme de scission est dévastatrice, en particulier en termes électoraux pour garder les Villes, les Départements, les Régions. Jean-Pierre Chevènement en a fait l'expérience. Le côté « syndicat d'élus » interdit donc toute embardée de ce style. Le PS est une tranche d'histoire de France. A ce titre, son processus évolutif est lent et compliqué. Aucun parti politique en France n'a la même densité historique. L'UMP, jadis le RPR, est une construction récente liée au concours de circonstances que fut l'avènement de De Gaulle en 1958. Le Parti socialiste, lui, se développe sur plus d'un siècle : cette concrétion historique implique qu'il ne puisse bouger que par un mouvement tectonique lent. Le modèle français des partis de gauche n'a rien à voir avec le parti social-démocrate des démocraties du Nord, dont le lien consubstantiel avec les syndicats explique le nombre élevé des militants. Il ne participe pas non plus de cette culture des partis de supporters, comme pour les démocrates américains. On va donc vivre une sorte de statu quo, avec la cohabitation bizarre d'une logique d'appareil à l'ancienne et de la candidature présidentielle virtuelle, en surplomb, de Ségolène Royal alchimie des contraires que je crois durable sans divorce. La logique présidentielle est orthogonale à la culture socialiste. Le PS est parlementariste dans son propre fonctionnement : la logique présidentielle née des institutions est donc un greffon artificiel. Pour autant, on ne saurait considérer le cheminement de Ségolène Royal comme une aventure particulière, dès lors que 47 % de Français s'y reconnaissent. Quelle que soit l'estime qu'on lui porte ou non, elle a acquis une légitimité. Quant au Parti socialiste, il se perpétuera tel qu'en lui-même l'éternité le conserve. »
Alain Minc - Président d'AM Conseil

« Il y a trop d'intérêts électoraux et financiers la subvention publique dépasse 20 millions pour que les socialistes disparaissent, quelles que soient leurs divergences, lesquelles ne sont, au reste, pas si nombreuses. La perspective est donc celle d'un immobilisme qui, naturellement, favorise le pouvoir établi. Tant que le Parti socialiste n'aura pas redécouvert ce qu'est un véritable débat d'idées et qu'il n'aura pas donné son plein sens au courage qui, selon Jaurès, consiste à chercher la vérité et à la dire, rien ne se passera. Le Parti socialiste n'a pas de projet sérieux et solide. Il est en contradiction complète avec les tabous européens, à l'origine desquels il se trouve largement, et qu'il a reçus en héritage... »
Jean-Pierre Chevènement - Président du MRC et sénateur du Territoire-de-Belfort

« Toute comparaison entre la situation d'aujourd'hui au Parti socialiste et la fin de la SFIO n'est pas valable. La SFIO était née avec le XXe siècle, elle avait traversé les IIIe, IVe et Ve Républiques, elle était fatiguée de tous les coups qu'elle avait reçus malgré quelques belles victoires comme celle de 36... Guy Mollet en était le secrétaire général et j'en étais le secrétaire général adjoint. Je suis allé trouver François Mitterrand et nous l'avons emporté, de justesse, au congrès d'Epinay en 1971. Le Parti socialiste n'est pas dans la même situation d'usure historique. Il n'est pas à bout de souffle sur le plan des idées. Son problème n'est pas idéologique. Au congrès de Reims, les discours de Martine Aubry, de Ségolène Royal ou de Bertrand Delanoë tournaient tous les trois autour de l'adaptation à la modernité, à la réalité. La crise que nous vivons résulte d'une confrontation d'ambitions, d'une compétition rude entre deux personnalités, deux ego. C'est le choix difficile du leader. Le malheur est que tout se soit joué à quelques dizaines de voix... Avant la guerre de 14-18, un dirigeant de la SFIO avait dit qu'il était plus difficile pour les socialistes de faire l'union des caractères que l'union des idées politiques... C'est toujours vrai. »
Pierre Mauroy - Ancien premier ministre socialiste

Lefigaro.fr - 28/11/2008

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