17.01.2009
Les homosexuels harcelés au Sénégal
Droits de l’homme . Neuf hommes ont été condamnés à huit ans de prison au terme d’un jugement expéditif.
Huit ans de prison ferme pour homosexualité. Jamais une condamnation aussi lourde n’avait été prononcée au Sénégal, un pays réputé pour son esprit de tolérance dans la région mais où le climat est en train de changer.
A Dakar, où l’homophobie gagne du terrain à grands pas, ce jugement prononcé le 7 janvier suscite une véritable terreur chez les gays et les lesbiennes. A Paris, il a provoqué l’indignation des milieux associatifs, où on parle de «prisonniers d’opinion», mais aussi dans la classe politique. Fait plutôt rare pour une affaire de ce genre, le président Nicolas Sarkozy s’est dit «ému», tandis que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, en tant que président de l’Association internationale des maires francophones, écrivait à deux maires et hauts responsables sénégalais pour exprimer sa «très vive préoccupation».
Dénonciation. La semaine dernière, le tribunal de Dakar a reconnu coupables d’«acte impudique» et d’«acte contre nature» neuf personnes, dont le chef de la branche locale de l’association Aides. Le juge a alourdi la sentence requise par l’accusation en qualifiant le groupe d’«association de malfaiteurs». Leurs avocats, qui ont été surpris par la vitesse à laquelle le juge a tranché, sans mise en délibéré, ont fait appel.
Le 19 décembre, apparemment suite à la dénonciation d’un voisin, la police avait arrêté ces hommes réunis chez Diadji Diouf, le secrétaire général de Aides-Sénégal, une organisation de prévention du VIH. Cette rafle s’est déroulée quelques jours seulement après que le Sénégal eût accueilli sur son sol la 15e Conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique. La tenue de cette conférence avait échauffé certains esprits à Dakar qui accusent «l’Occident» de vouloir corrompre ce pays musulman à plus de 90 %. Interrogé par l’agence Afrik.com, Joël Nana, qui coordonne les actions de soutien pour les condamnés, note que «le Sénégal est l’un des récipiendaires de fonds débloqués par le Fonds mondial dans le cadre de la lutte contre le sida chez les homosexuels.»
Dérivatif. Ce n’est pas la première fois que les homosexuels ont maille à partir avec la justice dans le pays. En février 2008, neuf hommes et une femme avaient été arrêtés, suite à la parution dans un magazine à scandales d’un article dénonçant, photos à l’appui, un prétendu «mariage gay». Ce magazine avait alors dénoncé des comportements contraires aux «valeurs sénégalaises». Les prévenus ont été libérés, mais deux d’entre eux, se disant harcelés, ont fini par quitter le pays. En août, deux hommes - dont un ressortissant belge - avaient eux été condamnés à deux ans de prison pour «mariage homosexuel et actes contre nature».
«La situation se durcit très nettement au Sénégal», note un bon connaisseur de la région, pour lequel les homosexuels jouent le rôle de dérivatif. Deux ans après la réélection du président Abdoulaye Wade, le pays connaît de graves difficultés économiques et sociales. Le 23 décembre, de violentes émeutes ont secoué la ville de Kedougou, dans le sud-est du pays. Au moins une personne a été tuée et 35 autres blessées dans des heurts avec les forces de l’ordre. La foule protestait contre le manque d’emplois, au moment où des compagnies minières étrangères renforcent leur activité sur place. Samedi, 18 personnes accusées d’avoir participé à ces émeutes ont été condamnées à des peines allant de cinq à dix ans de prison.
Libération.fr - 16 Janvier 2009
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