25.03.2009

La mémoire vive du socialisme associationniste. Partie 1

produits-deco-rouge-2503983_1350.jpgLe principe d’association a constitué le cœur du projet politique des socialistes « utopistes » qui en faisaient le moteur d’une réforme de l’ordre social. Une doctrine qui a conservé toute sa modernité.

Cet article a paru dans le n°67 de la revue Transversales Science Culture , février 2001. Nous remercions son équipe, et en particulier Jean Zin , de nous avoir autorisés à le reproduire ici.

Si le socialisme n’a jamais eu le monopole du cœur, il n’a jamais eu non plus celui de l’association. Celle-ci a été théorisée et pratiquée autant dans le camp libéral que dans le camp conservateur. Néanmoins, là où certains cherchaient dans l’association un simple remède aux excès de l’individualisme et aux menaces du pouvoir d’Etat, le socialisme associationniste français a constitué l’association en matrice, en paradigme, pour penser et réformer l’ordre social. Cette doctrine ne se limite pas à un nom (notamment celui de Proudhon) mais définit plutôt la singularité du socialisme français au regard, par exemple, de son cousin allemand. Cette singularité peut être résumée en quelques traits qui en manifestent l’actualité et la modernité [1].

Si l’associationnisme, tel qu’il fut prôné par ses premiers apôtres, Saint-Simon, Fourier et leurs disciples, a pu être défini, voire stigmatisé, comme un socialisme utopiste, c´est peut-être avant tout parce qu’il s’est construit en marge des grands principes révolutionnaires de 1789. Ces premiers socialistes n’attendaient rien de la démocratie, ni même du politique, et le principe d´association devait suffire à donner réponse à la question sociale. Le point de départ commun aux saint-simoniens et aux fouriéristes, c'est le constat d’un désordre qu’incarne notamment « l’anarchie industrielle » (Fourier). Néanmoins on aurait tort de limiter la portée du paradigme associationniste à la seule sphère économique. Dans cette tradition, la question sociale n’est pas seulement une question de ventre mais aussi, et peut-être d’abord, une question morale. Le désordre libéral, le règne de la « désassociation » (Leroux), c’est avant tout le règne d’un individualisme étroit que justifie cette « science sans moralité », selon la formule saint-simonienne, l’économie politique. Dès lors, associer les hommes consiste moins à combiner des intérêts qu’à associer les passions (Fourier), à raffermir les sentiments de sympathie (Saint-Simon), à développer des liens de mutualité ou de réciprocité (Proudhon).

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