31.03.2009

Mayotte vote en faveur de la départementalisation

2006-07-29-04-06-36-mayotte.jpgC'est une victoire écrasante du "Oui" : avec 95,2 % des suffrages, d'après les résultats définitifs publiés par la préfecture de Mayotte, les habitants de l'île ont massivement voté en faveur de la départementalisation. Un peu plus de 70 000 électeurs étaient appelés à se prononcer sur le statut de Mayotte, qui deviendra donc en 2011 le 101e département français. La participation s'est établie à 61,02 %, selon la préfecture. L'ensemble des partis politiques avaient appelé les habitants à voter en faveur du "oui".

Le nouveau statut de Mayotte prévoit notamment un alignement social et fiscal sur la métropole. Le déploiement des aides sociales sera très progressif - sur au moins 20 ans à partir de 2011- tandis que les Mahorais seront soumis à des impôts (taxe d'habitation, taxe foncière) que jusqu'ici ils ignoraient. La création d'un cadastre est prévue pour 2014, et la révision de l'Etat civil est en cours. Yves Jégo, le secrétaire d'Etat à l'outre-mer, a estimé que le coût du rattrapage se montait à 200 millions d'euros par an pour atteindre l'intégration complète d'ici 20 ans ou 25 ans.

La départementalisation de l'île devrait également entraîner des modifications culturelles importantes pour les 186 000 Mahorais - musulmans à plus de 95% - comme la suppression définitive de la polygamie, l'élévation de l'âge légal pour le mariage de 15 à 18 ans ou la diminution des attributions des juges musulmans.

LeMonde.fr - 30.03.09

30.03.2009

La politique étrangère de la France, après sa réintégration dans l'OTAN

drapeau%20france.jpgLe Président de la République a justifié sa décision de réintégrer les structures militaires de l’OTAN par l’évolution du contexte stratégique depuis 1966.

A l’époque, le général de Gaulle craignait que la doctrine américaine de la « riposte graduée » fît de la France un champ de bataille alors même que ses intérêts directs n’auraient pas été directement engagés. Mais il craignait aussi que nous ne fussions entraînés dans des guerres qui ne seraient pas les nôtres, ainsi la guerre du Vietnam qu’il fustigea à la même époque dans son discours de Phnom-Penh. Cette éventualité n’a rien perdu de son actualité. Le risque de nouvelles guerres s’est déjà concrétisé, notamment en Irak, et nul ne sait ce qu’il en sera demain, au Proche Orient, en Iran, au Pakistan, dans le Caucase ou en Asie de l’Est.

Le Président de la République a évoqué, en reprenant les analyses du livre blanc sur la Défense, l’apparition de « nouvelles menaces » liées à la mondialisation, « facteur d’instabilité et incertitude stratégique ». Concept flou surtout qui ne décrit aucune logique claire mais énonce seulement la multiplicité des phénomènes contradictoires qui caractérisent la scène internationale contemporaine. Cette analyse néglige les Etats et l’évolution de la géographie de la puissance. La crise actuelle – crise financière et économique mais aussi enlisement militaire américain en Irak et en Afghanistan – manifeste que les Etats-Unis ne sont plus en mesure de dominer seuls le reste de la planète et peut-être même de le dominer du tout. La montée de pays milliardaires en hommes, comme la Chine et l’Inde, mais aussi le retour de la Russie et plus généralement d’anciennes nations ou le surgissement de puissances émergentes, structurera le paysage stratégique beaucoup plus que le concept-valise de « mondialisation ».

A l’orée de ces temps nouveaux, le Président de la République, par occidentalo-centrisme, met d’emblée la France dans le sillage des Etats-Unis. En soulignant notre appartenance non pas à la famille humaine, mais à la « famille occidentale », il sape en fait – sans peut-être le mesurer – l’émergence potentielle, dans le monde multipolaire de demain, d’un pôle proprement européen en nous confondant dans l’OTAN. Celle-ci ne remplacera jamais l’ONU où nous siégeons comme membres permanents du Conseil de Sécurité aux côtés de la Chine et de la Russie. Votre décision est un contresens géopolitique !

Que nous demandent en fait les Américains, à nous Européens ? C’est d’être leurs auxiliaires dans la tâche qu’ils s’assignent de refondation de leur leadership. Laissez-moi vous citer M. Brzezinski, ancien conseiller spécial du Président Carter et toujours influent dans les milieux Démocrates :

« Tout en arguant qu’ils ne sont pas en mesure d’intervenir militairement, les Européens insistent pour prendre part aux décisions … Même si les Etats-Unis demeurent la première puissance mondiale, nous avons besoin d’une alliance forte avec l’Europe pour optimiser notre influence respective » … et il ajoute « L’Europe peut faire beaucoup plus sans déployer d’efforts surhumains et sans acquérir une autonomie telle qu’elle mette en danger ses liens avec l’Amérique » (1).

On ne peut être plus clair : l’OTAN est un moyen de solliciter davantage la contribution militaire des Européens à des opérations dont chacun sait très bien qu’elles se décident d’abord à Washington, tout en empêchant que l’Europe se dote d’une défense autonome. Or celle-ci est la condition d’une politique étrangère indépendante.

La décision du Président de la République de faire réintégrer par la France les Etats-majors de l’OTAN obéit donc à une logique américaine : celle d’un partage accru du fardeau mais nullement des décisions, au sein d’une alliance qu’ils dominent absolument.

Personne ne nous a demandé de réintégrer l’OTAN ni les Etats-Unis ni nos alliés européens. Cette décision du Président de la République a été prise sans débat préalable : à l’Assemblée Nationale le gouvernement a pris sa majorité en otage en utilisant l’article 49-1 de la Constitution. Au Sénat il n’y a eu ni débat ni vote. S’il y avait eu un véritable débat au Parlement et dans le pays, la réponse aurait été tout autre.

Vous prétendez que la France restera indépendante au sein de l’OTAN mais vous méconnaissez le poids des entraînements et celui des symboles.

Sept cents officiers dans les états-majors de l’OTAN, cela crée un tropisme dans nos armées qu’on déshabitue ainsi de penser national. L’argument selon lequel l’Allemagne ou la Turquie, dans une certaine mesure, ont pu, en 2003, se tenir à l’écart de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine ne tient pas. Ce refus de participer est un fusil à un coup. Quand on est intégré, assis en permanence à la même table, on ne peut dire « non ! » tout le temps. Le Président de la République laisse à penser que la France en envoyant des officiers généraux dans les Etats-majors, et pas seulement des soldats sur le terrain, pourra peser sur les décisions. C’est un sophisme : chacun sait bien que les vraies décisions ne se prennent pas dans les états-majors de l’OTAN mais à la Maison Blanche. Nous serons mieux informés, dites-vous. Mais de quoi ? De décisions élaborées en dehors de nous !

Vous méconnaissez enfin et surtout le poids des symboles. Depuis 1966, la France avait maintenu une distance vis-à-vis de l’OTAN qui la faisait regarder comme un pays non-aligné, bref indépendant. C’est à cela que vous allez mettre fin. Vous protestez en déclarant qu’il ne s’agit que d’une impression. Mais en politique internationale, l’impression est tout.

Le Président de la République a justifié la réintégration complète de la structure militaire de l’OTAN par l’argument de la défense européenne. En nous faisant « plus blanc que blanc », nous dissiperions les suspicions qui auraient freiné les avancées de ladite défense européenne. C’est là une vue bien naïve des choses :

Il n’y a pas de défense européenne parce que les Etats-Unis ne le souhaitent pas, parce que les Britanniques s’opposent à la mise sur pied d’une structure d’Etat-major significative qui permettrait la planification et la mise en œuvre d’opérations proprement européennes, et enfin parce que les autres pays européens ne sont pas prêts à faire l’effort de se défendre par eux-mêmes. Et là est le risque pour la France aussi, dont l’effort de défense – 1,6 % du PIB – n’a jamais été historiquement aussi faible : en dehors de l’indépendance nationale la justification de l’effort à la longue disparaît. A long terme l’intégration à l’OTAN affaiblira l’esprit de défense.

Certes, il convient de saluer les nouvelles orientations du Président Obama, quant aux relations qu’il convient de tisser entre les Etats-Unis d’une part, la Russie, la Chine, et même l’Iran d’autre part. Mais il ne faut pas oublier que le Président élu entend bien refonder un nouveau « leadership américain » et ouvrir la voie, je le cite, à un « nouveau siècle américain ». Ne confondons pas le moment Obama et l’extrême difficulté des transitions inévitables. Qui peut dire que dans la crise profonde qui frappe l’économie mondiale, la guerre demain – en Iran ou ailleurs - ne sera pas, encore une fois, aux yeux de dirigeants aux abois, le moyen de forcer le destin ?

Votre décision de réintégration complète de l’OTAN accroît le risque que la France se laisse entraîner demain dans des guerres qui, selon l’expression du général de Gaulle, « ne seraient pas les siennes ».

Alors que nous nous apprêtons à fermer une base militaire en Afrique Centrale, traditionnelle zone d’influence française, mais aussi réservoir de richesses qui suscitent toutes les convoitises, nous ouvrons une nouvelle base à Abu Dhabi, dans le Golfe, région où notre autonomie stratégique est nulle.

Avec la Chine, grande puissance du XXIe siècle que le général de Gaulle avait reconnue le premier, en 1964, une brouille – espérons-le passagère et due peut-être à des impairs ou à des susceptibilités excessives – vient obscurcir notre relation. Mais qui peut croire que cette brouille n’illustre pas aussi notre changement de posture vis-à-vis des Etats-Unis ?

Je n’observe pas par ailleurs que les Etats-Unis aient renoncé à faire entrer un jour dans l’OTAN l’Ukraine et la Géorgie. Ce jour-là, notre partenariat stratégique avec la Russie deviendra rhétorique.

L’indépendance nationale ne se définit pas contre les Etats-Unis. On peut être indépendant et d’autant mieux allié des Etats-Unis. Je souhaite ainsi que nous venions à l’aide du Président Obama dans un puissant effort de relance coordonné à l’échelle mondiale. Mais dans le monde multipolaire de demain, il y a place pour une France indépendante qui donnerait une voix à l’Europe et contribuerait à l’existence – OTAN ou pas – d’un « pôle européen » capable de peser sur la scène du monde. Votre décision rendra cet objectif beaucoup plus difficilement accessible.

Jean-Pierre Chevènement, au Sénat le 25 Mars 2009

29.03.2009

Le coup de poker d'Obama

obama.1201801546.jpgQuand l'administration Obama a présenté le 10 février une première mouture, assez vague, de son plan de sauvetage du système bancaire américain, les investisseurs étaient consternés. A leurs yeux, le schéma était inutilement compliqué et pas à la mesure de la masse de créances douteuses accumulées dans les bilans des établissements financiers. Pour la droite républicaine, il coûtait trop cher au contribuable et pour la gauche démocrate, il ne réglait pas vraiment le problème dont la seule issue était une nationalisation pure et simple des banques. Résultat, l'indice Dow Jones avait perdu ce jour-là 380 points pour se retrouver, comme l'ensemble des places boursières mondiales, à son plus bas niveau depuis plus d'une dizaine d'années.

Alors quelle surprise lundi 23 mars, quand l'annonce par l'administration Obama du détail du plan de sauvetage, le même que celui de février? a soulevé l'enthousiasme. L'indice Dow Jones a regagné près de 500 points soit 6,8% en une séance. Il a certes reperdu du terrain depuis, mais au cours des deux dernières semaines un certain optimisme est revenu sur les marchés d'actions, à Wall Street comme à Paris et en Asie. Les investisseurs semblent vouloir croire à un début de sortie de la crise dans les premiers mois de l'année prochaine.

Cela ne serait pas la première fois que les marchés prennent leurs désirs pour la réalité. Mais il n'y a aucun doute sur l'importance extrême que revêt la réussite du plan du Secrétaire au Trésor Timothy (Tim) Geithner. S'il échoue la dépression à l'échelle planétaire fait peu de doutes.

En permettant aux banques de sortir enfin de leurs bilans les actifs toxiques liés à l'immobilier, Tim Geithner espère qu'elles pourront recommencer progressivement à financer l'économie américaine, les consommateurs comme les entreprises, seul moyen de sortir de la récession. Si les économistes sont unanimes sur une chose, c'est qu'il n'y aura pas de salut tant que le système bancaire ne sera pas apte à fonctionner, au moins à minima.

Le plan Geithner ne brille pas en tout cas par sa simplicité. L'administration a décidé de créer une nouvelle entité fédérale issue d'un partenariat public privé dont la vocation est de racheter aux banques entre 500 et 1000 milliards de dollars d'actifs tellement dépréciés aujourd'hui qu'il n'est plus possible de leur donner une valeur. C'est la raison pour laquelle tout le système bancaire est entraîné vers le fond.
En réponse, c'est comme si les Etats-Unis créaient le plus grand "hedge funds" (fonds d'investissement à risque) de la planète financé à crédit pour acheter les actifs à risques et les conserver suffisamment de temps pour que l'économie redémarre et que ses actifs retrouvent du coup une certaine valeur. Pour financer ce "hedge fund", 75 à 100 milliards de dollars seront apportés par le fonds de sauvetage financier dont la création a déjà été approuvée par le Congrès, il y aura des investissements du secteur privé et surtout des prêts garantis par la Federal Deposit Insurance Corp. (Fonds fédéral de garantie des dépôts bancaires) et la Réserve fédérale (Fed). Voilà pour le principe.

"Cette approche est supérieure aux alternatives consistant soit à espérer que les banques soient capables progressivement de se débarrasser de ces actifs, soit que le gouvernement les rachètent directement (les nationalise) ", explique le Département du Trésor. Pour Steve Bartlett, président du Financial Service Roundtable qui représente l'industrie bancaire, "le partenariat entre le public et des institutions privées est un très bon moyen pour rétablir la liquidité du marché. Il est réconfortant de voir le Trésor inventer un moyen unique de stimuler l'économie tout en protégeant le contribuable ".

De fait, le plan Geithner présente des risques considérables. Il fait le pari qu'un choc de confiance permettra enfin au système de redémarrer. Si les banques et les investisseurs croient que l'opération peut réussir, elle réussira. S'ils doutent, la valeur des actifs toxiques continuera à se dégrader et seule une nationalisation évitera la faillite des banques, à condition que l'administration en ait la capacité politique, ce qui n'est pas évident. Le Secrétaire au Trésor reconnaît le danger. " Il n'y a pas de doutes que le gouvernement prend des risques. La seule question concerne la meilleure façon de le faire ".

Premier écueil. La quantité d'actifs toxiques à retirer du bilan des banques pourrait être au final bien supérieure à 1000 milliards de dollars. Or après le lancement du plan, le fonds de sauvetage du Trésor américain, initialement doté de 700 milliards, se retrouvera presque à sec. Etant donné l'hostilité républicaine au Congrès, l'administration éprouverait les pires difficultés à obtenir davantage d'argent.

L'autre problème est moral. Contrairement aux discours, le gouvernement prend presque tous les risques et permettra, en cas de succès, à une poignée d'investisseurs privés de gagner beaucoup d'argent. Le Trésor américain donne un exemple. Un crédit évalué aujourd'hui par une banque à 100 dollars sera vendu à la nouvelle entité pour 84 dollars. Le gouvernement et les investisseurs privés mettront chacun directement 6 dollars et le gouvernement financera par des prêts les 72 dollars restant qu'emprunteront les investisseurs privés. Cela signifie que si l'économie redémarre et que le crédit en question vaut 120 dollars dans cinq ans, l'investisseur privé en ayant mis 6 dollars se retrouvera avec quelque chose qui représente 110 dollars !

Dernière question, le plan Geithner s'il réussit, sauve le système, mais ne le change pas. Dans le New York Times du 22 mars, l'éditorialiste et prix Nobel d'économie, Paul Krugman, est particulièrement sévère. Il reproche à l'administration Obama " d'avoir adopté un plan financier qui, en essence, assume que les banques sont fondamentalement saines et que les banquiers savent ce qu'ils font. C'est comme si le président était déterminé à confirmer la perception grandissante que lui et son équipe économique sont à côté de la plaque, que leur vision économique est polluée par leurs liens trop étroits avec Wall Street. Le temps que M. Obama réalise qu'il doit changer d'orientation, son capital politique risque d'avoir disparu ".

L'éditorialiste du Washington Post Eugene Robinson résume ainsi la situation dans un article publié le 24 mars : " Tim Geitner est un réparateur, pas un révolutionnaire? En fait, il blâme les joueurs pour ce qui s'est passé, pas le jeu ".
Il y a encore quelques jours Tim Geithner défendait " un système qui a été particulièrement efficace, meilleur que tous les autres, pour apporter du capital à un type qui a une idée." Pour que son plan réussisse, il faut que beaucoup de monde soit convaincu que le système mérite d'être sauvé.

Eric Leser, chef du service économique du journal Le Monde, 25 Mars 2009

25.03.2009

La mémoire vive du socialisme associationniste. Partie 1

produits-deco-rouge-2503983_1350.jpgLe principe d’association a constitué le cœur du projet politique des socialistes « utopistes » qui en faisaient le moteur d’une réforme de l’ordre social. Une doctrine qui a conservé toute sa modernité.

Cet article a paru dans le n°67 de la revue Transversales Science Culture , février 2001. Nous remercions son équipe, et en particulier Jean Zin , de nous avoir autorisés à le reproduire ici.

Si le socialisme n’a jamais eu le monopole du cœur, il n’a jamais eu non plus celui de l’association. Celle-ci a été théorisée et pratiquée autant dans le camp libéral que dans le camp conservateur. Néanmoins, là où certains cherchaient dans l’association un simple remède aux excès de l’individualisme et aux menaces du pouvoir d’Etat, le socialisme associationniste français a constitué l’association en matrice, en paradigme, pour penser et réformer l’ordre social. Cette doctrine ne se limite pas à un nom (notamment celui de Proudhon) mais définit plutôt la singularité du socialisme français au regard, par exemple, de son cousin allemand. Cette singularité peut être résumée en quelques traits qui en manifestent l’actualité et la modernité [1].

Si l’associationnisme, tel qu’il fut prôné par ses premiers apôtres, Saint-Simon, Fourier et leurs disciples, a pu être défini, voire stigmatisé, comme un socialisme utopiste, c´est peut-être avant tout parce qu’il s’est construit en marge des grands principes révolutionnaires de 1789. Ces premiers socialistes n’attendaient rien de la démocratie, ni même du politique, et le principe d´association devait suffire à donner réponse à la question sociale. Le point de départ commun aux saint-simoniens et aux fouriéristes, c'est le constat d’un désordre qu’incarne notamment « l’anarchie industrielle » (Fourier). Néanmoins on aurait tort de limiter la portée du paradigme associationniste à la seule sphère économique. Dans cette tradition, la question sociale n’est pas seulement une question de ventre mais aussi, et peut-être d’abord, une question morale. Le désordre libéral, le règne de la « désassociation » (Leroux), c’est avant tout le règne d’un individualisme étroit que justifie cette « science sans moralité », selon la formule saint-simonienne, l’économie politique. Dès lors, associer les hommes consiste moins à combiner des intérêts qu’à associer les passions (Fourier), à raffermir les sentiments de sympathie (Saint-Simon), à développer des liens de mutualité ou de réciprocité (Proudhon).

24.03.2009

Elections européennes : la position du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen

1284392-1685026.jpg?v=1237742330Résolution adoptée par le Conseil National du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 22 mars 2009.
La gauche, toute la gauche, a aujourd’hui la responsabilité historique d’apporter une réponse à la crise sans précédent qui frappe et frappera demain encore plus fort, crise historique du capitalisme, résultant elle-même d’une déréglementation généralisée engagée sous l’impulsion des Etats-Unis et dont l’Europe libérale a été depuis vingt-cinq ans le relais.

Le Mouvement Républicain et Citoyen a recherché loyalement un accord avec l’ensemble des forces de gauche pour redresser la construction européenne sur une base de projets, répondant aux besoins et aux aspirations des peuples à partir des nations, cadres premiers de la démocratie, d’une puissance publique réhabilitée, adossée à une citoyenneté relevée, dans la perspective d’un monde multipolaire régi par le Droit.

Le Parti socialiste s’est montré d’abord préoccupé de surmonter ses propres divisions intérieures. Quant aux organisations politiques regroupées au sein du « Front de gauche », elles n’ont pas voulu d’un accord acceptable par le Mouvement Républicain et Citoyen.

Le Conseil National réuni le 22 mars au Kremlin Bicêtre a constaté que les négociations engagées avec ces organisations achoppent sur une divergence de fond quant à la manière de redresser la construction européenne.

Leur rejet de la souveraineté nationale et particulièrement d’un amendement MRC indiquant qu’« on ne fera pas l’Europe sans et à plus forte raison contre les nations qui sont le lieu privilégié de l’expression démocratique et de la solidarité » est révélateur. Les organisations du « Front de Gauche » partagent en fait, à travers des expressions comme « souveraineté européenne », « assemblée constituante européenne », les mêmes postulats illusoires que ceux qui ont conduit les sociaux-libéraux à accepter, au nom de la supranationalité, la prise en otage de la construction européenne par le capitalisme financier mondialisé.

Faire croire à notre peuple qu’on peut redresser la ligne sociale-libérale sur la base de postulats illusoires procéderait d’une démagogie trompeuse à laquelle nous nous refusons. La République ne peut se dissoudre dans le mouvementisme.

Une alliance électorale sans principe ni débouché stratégique ne correspondrait pas à notre conception de l’action politique. Le MRC constate que la gauche aujourd’hui n’offre malheureusement pas de débouché politique à la crise et à la protestation sociale : le PS n’a pas rompu avec sa ligne sociale-libérale, comme l’a montré la ratification du traité de Lisbonne par la majorité de ses parlementaires. Le « Front de gauche » n’offre pas de perspective sérieuse de redressement. Le NPA ne veut pas venir au pouvoir.

Dans ces conditions le MRC développera sa propre ligne républicaine. Il publiera son propre texte d’orientation dans les prochains jours. Il préparera les échéances qui viennent et plus particulièrement celles de 2012 qui seules permettront de relever la France et la République et de réorienter vraiment la construction européenne.

23.03.2009

Irresponsable politique de classe

arton415.jpgEn mettant en jeu à l’Assemblée Nationale sa responsabilité, le gouvernement a fait plier sa majorité sur le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN.

J’ai exprimé dans l’hémicycle les raisons de mon opposition à cette malheureuse décision. Les huit non-inscrits ont voté contre, mais dans la majorité peu de députés ont refusé de prendre part au vote, seul un d’entre eux, mon collègue de l’Essonne Franck Marlin, osant refuser la confiance. Les grands principes s’arrêtent donc aux petites soupes…

Aujourd’hui, c’est un autre vrai sujet qui fait l’actualité. Contre l’oukase du président de la République, se refusant à toute remise en cause du « bouclier fiscal », la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée a approuvé le principe d’un amendement instaurant une contribution exceptionnelle des ménages les plus aisés à la solidarité nationale. Il est vrai que ce « bouclier fiscal », qui se traduit par un remboursement de l’Etat à quelque 850 ménages d’un montant moyen de 370 000 euros, devient indéfendable alors que le chômage partiel se propage comme une traînée de poudre. Mais là encore, on pourra sans doute compter sur la discipline majoritaire qui règne au sein du groupe UMP pour rétablir l’ordre présidentiel…

Nicolas Sarkozy déclare : « Je n’ai jamais été élu pour augmenter les impôts ». Il aurait dû ajouter « des milliardaires ». Car la majorité a quand même créée depuis 2007 une dizaine de taxe qui touchent de plein fouet les classes moyennes, alors que les largesses en faveur des plus hauts revenus et patrimoines se multiplient, au risque d’encourir l’accusation de « politique de classe ». Quelle absence de bon sens, de sens élémentaire de toute justice, particulièrement en ces temps de crise ! Alors que les licenciements se succèdent en cascade, il va de soi qu’il faut partager l’effort. Il est donc indécent de laisser les plus aisés à l’abri, pire de leur reverser des sommes importantes.

D’ailleurs, l’argument invoqué par le président de la République ne tient pas : ce qui pouvait être vrai en circonstances normales, ne l’est plus, bien évidemment, alors que le contexte a changé du tout au tout. Et puis, comment ne pas ressentir un malaise face à un Nicolas Sarkozy qui, d’une part, s’arc-boute, au nom de ses promesses de campagne, sur les avantages accordés à ceux qui en ont le moins besoin, et de l’autre s’empresse de prendre des mesures, comme le retour dans l’OTAN, qu’il s’était bien gardé de dévoiler au peuple français au printemps 2007 ? Un deux poids deux mesures qui, dans ce climat de colère sociale montante, risque de crever tous les plafonds de l’insupportable…

Il faut donc, à tout le moins, suspendre le bouclier fiscal pour un an – reconductible selon l’évolution de la crise. Mais que cela n’empêche pas d’engager dans le même mouvement une vraie réforme fiscale établissant un peu de justice. A cet égard, pourquoi ne pas supprimer du calcul de l’ISF la résidence principale, tout en augmentant, comme le projette Barack Obama aux Etats-Unis et Gordon Brown en Grande-Bretagne, la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu ?

D’une manière générale, en discutant ces derniers jours sur les bancs de l’Assemblée Nationale, j’ai pu constater que les parlementaires sont nombreux à s’étonner de cette myopie gouvernementale. La colère monte dans le pays, les injustices sont criantes et les ministres semblent hors du temps. Il serait malvenu, pour ne pas dire dangereux, d’ajouter à la scandaleuse provocation lancée aujourd’hui par le MEDEF contre les syndicats, une politique de complaisance vers les plus riches, teintée de morgue envers tous les autres. Oui, il est temps d’arrêter cette irresponsabilité qui consiste à jouer avec la patience des Français.

Nicolas Dupont-Aignan - Député de l'Essonne et président de Debout La République - 18/03/2009

19.03.2009

Les brèves chiméliennes. (4 - spécial européenes)

Couteaux ne veut pas de Ganley

La tête pensante principale du MPF Paul-Marie Couteaux ne veut pas de Decan Ganley, ce milliardaire atlantiste et libéral à la richesse mondialisée et finançant la campagne de Phillipe de Villiers (chef du MPF) et Frédéric Nihous (chef du CPNT). C'est tout à son honneur. Puisqu'encore une fois, on ne peut pas mettre n'importe quoi dans les valeurs portant le souverainisme français.
Cela dit, on trouvera toujours regrettable une chamaillerie de plus entre les nationaux. Mais Couteaux est un intransigeant défenseur de la souveraineté au-dessus des clivages politiques classiques. On peut rappeler qu'il avait appelé à voter blanc au second tour des dernières élections présidentielles, sous prétexte clair et pertinent que les deux finalistes de celle-ci ne défendaient aucunement la souveraineté de la nation française (personnellement, je n'ai pas pu choisir entre les deux finalistes et j'ai fait la même démarche que Couteaux).
Pour les prochaines élections européennes, on parle d'un rapprochement avec Nicolas Dupont-Aignan. En tout cas, son discours souhaitant le rassemblement des nationaux de tous bords - même si la question reste ouverte selon moi - est totalement respectable.

Un front de gauche, oui... mais républicain !

Jean-Pierre Chevènement ne parle plus d'alliance avec le Parti Socialiste aux prochaines élections européennes mais plutôt d'une alliance avec le Parti De Gauche de Jean-Luc Mélanchon et les Parti Communiste. A priori intéressante alliance, si toutefois sa proposition politique inclut la défense des souverainetés des nations d'Europe et n'est pas, en outre, trop "rouge". Je doute peu du républicanisme de Mélanchon - même s'il fricote avec des politiques allemands nostalgiques de la RDA - mais ce qu'ils appelleraient le Front de Gauche doit mettre les choses au clair avec les communistes qui depuis des années font surtout dans l'idéologie antinationiste primaire. Prolétaires de tous les peuples unissez-vous, qu'ils disent ! Encore faut-il que les peuples - autrement dit les nations, dans le sens politique - existent encore. Affaire à suivre.

Antone Chimel

17.03.2009

Discours de Jean-Pierre Chevènement, à Vincennes, Septembre 2001

l38090735219_4373.jpgSouvenons-nous de l'excellent discours de Jean-Pierre Chevènement en Septembre 2001, alors candidat aux élections présidentielles de 2002. Son programme, social et républicain, était le mieux charpenté de tous, pour peu qu'on ait l'exigence républicaine ! Antoine Chimel

Lire le discours au format PDF

14.03.2009

Bruxelles classe les fromages dans les produits mauvais pour la santé

decoupe_fromage%5B5%5D.jpgC'est la dictature dans nos assiettes... Les industriels du fromage sont à juste titre inquiets : les futures règles européennes en matière de nutrition pourraient cataloguer leurs camembert et autres crèmes parmi les produits mauvais pour la santé. A partir de janvier 2010, et l'entrée en vigueur d'une nouvelle réglementation européenne, les fromages, beurres et crèmes ne pourront plus mettre en avant leur richesse en calcium ou en vitamine, au motif qu'ils contiennent par ailleurs trop de matière grasse (mg).

«Cela aboutit à classer les fromages parmi les produits mauvais», s'insurge Olivier Picot, président de la Fédération nationale des industries laitières. «Même les beurres allégés (41% mg) et très allégés (20% mg) et même les crèmes à 12,5% de matières grasses seront exclus de la liste des aliments qui peuvent mettre en avant des qualités nutritionnelles», se lamente-t-il. Un revirement qui provient du fait que l'Europe remet à plat toutes les allégations de santé («réduit le cholestérol», «fortifie les os»...) qui fleurissent sur les emballages des produits alimentaires. Or, l'Agence européenne de sécurité des aliments vient d'établir une liste limitative des allégations utilisables. Et il a été décidé que seuls les produits alimentaires ayant un profil nutritionnel correct - ni trop gras, ni trop salé, ni trop sucré - pourraient mettre en avant sur leur emballage une qualité nutritionnelle. Conséquence: même si les fromages sont très riches en calcium, ils ne pourront pas s'en vanter parce qu'ils sont aussi trop riches en acides gras saturés.

«Après le vin à consommer avec modération, la viande rouge qui donne le cancer, voilà le fromage classé parmi les mauvais aliments», se lamente Jean-Michel Besancenot, éleveur et membre de la confrérie du brie de Melun. «Le gras, c'est le support du goût, c'est la base de la texture du fromage de son onctuosité. On ne peut pas le retirer», conclut-il. (avec Le Télégramme, 2 mars)  «L'ennui naquit un jour de l'uniformité»...

L'Observatoire de l'Europe - 12 Mars 2009

12.03.2009

Elections européennes : l'Irlandais Declan Ganley divise les souverainistes français

carte_europe.gifL'eurodéputé Paul-Marie Coûteaux, élu sous l'étiquette du Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers, dénonce l'alliance de ce dernier avec l'homme d'affaires irlandais Declan Ganley, leader du non au référendum en Irlande sur le traité de Lisbonne. Le MPF et Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) de Frédéric Nihous, qui lançaient leur campagne mercredi 11 mars, seront fusionnés le temps des élections européennes de juin dans Libertas, un parti créé à l'échelle européenne par M. Ganley. Mais Libertas divise les souverainistes : M. Ganley est atlantiste, libre-échangiste, favorable à l'euro, à l'entrée de la Turquie dans l'UE. "Je n'endosse pas ce programme", dit M. Coûteaux, gaulliste et anti-atlantiste, idéologue du MPF. Il conduira lui-même une liste souverainiste en Ile-de-France ou rejoindra celle de Nicolas Dupont-Aignan.

Lemonde.fr - 11 Mars 2009

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