11.04.2009

En plein dans le MIL

ombre_et_lumiere_photo.jpgCes derniers temps, dans la ville de Bron – banlieue lyonnaise –, je passe en auto devant des affiches collées sur des poteaux près d’une bretelle pour voie express.
Et je me surprends de voir sur chaque affiche une grande croix de Lorraine de couleur bleu foncé avec, à côté, un slogan comme par exemple « Halte à la grève ! » ou encore « Sarkozy, l’homme de la crise » ou quelque chose comme ça. Il faut dans tous les cas comprendre que les colleurs de ces affiches soutiennent clairement le Président de la République et sous-entendent que la grève est un poison pour la France.
Ma première réaction ? Je me dis : « C’est une blague ?! Des gaullistes sarkozystes ? Cela signifie quoi ? Ca n’a pas de sens ! »

La deuxième fois que je suis passé vers ces affiches, j’ai voulu lire quel était le mouvement politique concerné par icelles. Au feu rouge, j’ai pu lire aisément, en petit sous l’un des slogans de ces bouts de papier, les initiales suivantes : « MIL ».
J’ai depuis recherché qui étaient « les gens du MIL ». J’ai trouvé. Facilement.

Le MIL (Mouvement Initiative et Liberté) est un mouvement s’affirmant de droite, gaulliste et très critique à l’égard de la gauche classique. Il est né en 1981. Pas n’importe qui participe à la création du MIL. On peut effectivement nommer le Général de Boissieu, l’ancien ministre gaulliste historique Pierre Messmer, Jacques Focart et Pierre Debizet (du fameux service d’ordre gaulliste : le Service d’Action Civique).

Le MIL naît après la victoire de la gauche aux élections présidentielles de 1981 « pour essayer d'empêcher que, après s'être emparés du pouvoir politique, les socialo-communistes ne mettent définitivement la main sur les esprits et sur les structures de la France » selon ses propres termes.
Le MIL est créé suite à la tuerie d’Auriol (*) et à la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le SAC, qui annoncent sa dissolution par le gouvernement mitterrandien.
Le MIL est alors la résurrection du SAC ? Non. Les militants du MIL jouent beaucoup plus rarement que ceux du SAC un rôle de service d'ordre. Le MIL poursuit toutefois le rôle de groupe de pression et participe aux élections, par des campagnes d'affichages, comme le faisait le SAC. Enfin, le MIL est lié au SAC par la continuité des dirigeants et des adhérents, Debizet ayant encouragé ses anciens amis du SAC à adhérer au MIL.

C'est surtout en 1986 que le MIL se fait connaître, quand Pierre Debizet en est nommé super-intendant par André Decoq, successeur de Jacques Rougeot à la présidence du MIL, avec l'accord bienveillant du comité d'honneur présidé par De Boissieu. Sa nouvelle cause est de libérer la France de l'« enlisement socialiste ». Pierre Debizet part à travers la France et tient réunion sur réunion pour « gueuler la vérité aux Français ».
Cependant, le MIL a du mal à décoller, malgré ses quelques milliers d'adhérents, dont Alain Peyrefitte et l'ancien chef d'état-major de l'armée de terre, Jean Delaunay. Il est cependant bien connu à droite en dépit d’une audience confidentielle.

Les idées du MIL des années 1980 ? L'historien François Audigier écrit : « Le MIL constituait une sorte de laboratoire idéologique, où se croisaient les influences hétérogènes de la droite libérale, d'un catholicisme réactionnaire et d'un gaullisme rigide. On y servait un discours musclé sur la préférence nationale, le combat contre l'avortement, la défense de l'école libre, le rejet des valeurs gauchistes. »

Le MIL soutient, pour les présidentielles, Jacques Chirac en 1995 et 2002, puis Nicolas Sarkozy en 2007. Il est aujourd’hui associé à l’UMP et soutient donc ses listes aux prochaines élections européennes.

(* La tuerie d’Auriol : le 18 juillet 1981, Jacques Massié, chef du SAC de Marseille, est assassiné avec toute sa famille par ses hommes qui le soupçonnent de vouloir les trahir au profit de la Gauche, dans un contexte d'extrême paranoïa anticommuniste[1]. Le meurtre a lieu dans la bastide familiale, près d'Auriol.)

Mon sentiment sur ce mouvement et ces affiches, c’est que le MIL d’hier se constituait de personnalités liées sans conteste au gaullisme historique. Mais son côté « être résolument de droite avant d’être gaulliste » afin de lutter contre la gauche qu’il a clairement diabolisée (confondant socialisme et mitterrandisme) l’a entraîné au fil des années, avec en outre la disparition de ces précédentes personnalités, à ne devenir qu’un parti libéral et… contre « l’islamisation » de la France (comme le dit le MIL lui-même).
De plus, ses influences hétérogènes, comme dit Audigier – qui par conséquent se mélangent mal – incarnent une sorte de gaullisme caricatural et ne défendant même pas réellement l’indépendance nationale puisqu’il est derrière l’UMP et le Président, libéral atlantiste apatride, Sarkozy. Bref, peu de cohérence politique. Peu crédible donc ! C’est bien regrettable que ce genre de slogans vus sur les affiches de Bron soient rattachés à la croix de Lorraine, symbolisant d’abord historiquement le rassemblement d’un peuple aspirant à la liberté, autour d’un homme qui pensait que la France ce n’était pas la gauche, ce n’était pas la droite…

« - Le gaullisme est-il de droite ?
Jean-Louis Debré : Non, le gaullisme, ce n'est ni la droite ni la gauche. Il ne peut, par définition, exister dans un carcan bipolaire. Une de ses originalités historiques, c'est d'avoir rassemblé des personnes de droite et de gauche. Mais, aujourd'hui, le mode de représentation partisane fait que si vous êtes ailleurs, ni à droite ni à gauche, vous êtes considéré comme n'étant nulle part…
- Nicolas Sarkozy semble par ailleurs hésiter entre libéralisme et gaullisme. Où le situez-vous ?
Jean-Louis Debré : Nul n'est habilité à décerner des brevets de gaullisme. Cela dit, je pense qu'il faut beaucoup de talent pour concilier les contraires… »
Extrait d’une entrevue parue dans le journal La Croix, 09/11/2006

Antoine Chimel

PS : J’ai trouvé un exemple d’affiche du MIL sur le Net, je ne sais pas de quand elle date.

Commentaires

Il est inexact d'écrire que le Mil soutient les listes UMP aux élections européennes. Il n'a pas encore pris position à ce sujet.
Je rappelle que le Mil s'est opposé au traité de Maastricht en 1992, qu'il se réclame du gaullisme et du patriotisme, et que, même associé à l'UMP, il propose sur son portail Internet un lien vers le site de Debout la République.

Ecrit par : Dupont | 11.04.2009

Ecrire un commentaire