29.04.2009

La crise fait revenir la Nation au premier plan et démontre sa solidité

article_SGE.CXS78.130507180546.photo00.photo.default-512x385.jpgPortrait de Jean-Pierre Chevènement par Philippe Plassart et Julien Tarby, paru dans Le Nouvel Economiste, 23 avril 2009, n°1473.

Conversation sous forme de confession politique avec le “Che”. Sous les ors de la salle des pas perdus du Sénat.
On ne s'attendait pas à retrouver le “Che” dans un fauteuil de sénateur. S'il avoue s'y trouver “un peu par hasard”, suite à une déconvenue électorale dans son bastion belfortain, il semble y avoir trouvé assez vite ses marques, fort de sa longue expérience de la vie politique. Qu'on l'aime ou pas, Jean-Pierre Chevènement figure parmi les plus lourds de la politique française. Il fut la cheville ouvrière de l'alliance avec le PC et le concepteur des 101 propositions qui allaient amener Mitterrand au pouvoir. Depuis lors, sa vie politique a été ponctuée par trois démissions gouvernementales, une sécession corps et bien d'avec le Parti socialiste, une campagne prometteuse à la présidentielle de 2002 qui le plaçait au statut enviable de “troisième homme” mais qui finira dans les décombres de la poussée lepéniste à moins de 6 %...
Aujourd'hui, l'homme, outrage du temps passant, semble en avoir rabattu sur ses ambitions. Feinte ? “Même mort, je reviendrai”, prévient-il, reprenant la maxime latine devenue fétiche depuis sa résurrection post-comatique. Donnant la clé de sa longévité : “Pour survivre en politique, l'essentiel est d'être en harmonie avec soi-même et avec ce que l'on croit.” Et quand Jean-Pierre Chevènement, l'artisan des nationalisations de 1981, plaide aujourd'hui pour une politique industrielle et une programmation dans laquelle l'Etat aurait plus que son mot à dire, il prouve sa constance. Par Philippe Plassart et Julien Tarby

"Les conséquences de la crise sont loin d’avoir été toutes tirées. Beaucoup des tenants de la doctrine officielle estiment qu’elle ne sera qu’une parenthèse. Et qu’une fois celle-ci refermée, il sera possible de repartir comme avant. Ceux-là font une grave erreur. Il n’y a plus de boussole, les repères ont été perdus. Il faut faire un saut conceptuel pour imaginer les trente prochaines années. Rien ne serait plus nécessaire que de cerner ce que l’on veut pour le monde de l’après-pétrole, du combat contre le réchauffement climatique. Or on ne sait pas où on va. Une politique industrielle à moyen terme serait plus que jamais utile. L’Etat est légitime, s’il le juge nécessaire, pour réinvestir les secteurs stratégiques. Il y a certainement place pour une planification rénovée. J’emploie à dessein ce mot “planification” car il ne fait pas moderne, mais la notion de “programmation” convient très bien à sa place. On va y revenir. Mon combat est à contre-courant. Je note qu’avec la crise, la nation sur laquelle certains s’acharnent montre sa solidité. Les plans de relance sont conçus à cette échelle, ensuite on les coordonne. Et ce n’est pas étonnant. La nation qui vient du fond de l’histoire est la brique de base à partir de laquelle on peut bâtir. Tout ce qu’on a fait miroiter par ailleurs — le régionalisme, le communautarisme — ne tient pas la route quand les temps sont difficiles.

Républicain d’abord

Pour éviter tout malentendu, je ne me présente jamais comme souverainiste, notion accolée à des courants avec lesquels je ne me sens aucune affinité. Je suis d’abord républicain. Pour moi la démocratie ne peut pas s’exercer sans la souveraineté. Charles de Gaulle l’a dit : ce sont l’avers et l’envers d’une même médaille. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : cela ne veut pas dire que je suis contre le partage des compétences dès lors que l’on contrôle démocratiquement leur exercice. Par exemple, dès lors que l’euro existe, non seulement j’admets mais je revendique un gouvernement économique de la zone euro. Je ne regrette absolument pas les combats que j’ai menés ces trente dernières années. Ils témoignent peut- être d’une opiniâtreté excessive, trait de caractère, dit-on, des Belfortains. Ma première inclinaison a été pour Mendès France à 15 ans. Ensuite, j’ai conçu, avec d’autres, au Ceres, la stratégie du programme commun et de l’alliance avec le Parti communiste, comme moyen de redynamiser la gauche, de provoquer l’alternance et de mettre en œuvre un programme progressiste. Par la suite, je n’ai jamais donné dans les “ponts aux ânes” libéraux. Je n’ai jamais été pour le Matif, la Bourse remplaçant la banque, la Commission faisant régner la loi de la concurrence sur le marché européen. Je me suis opposé en Conseil des ministres à la libéralisation des capitaux sans contrepartie sur le plan de l’harmonisation fiscale. De même, je n’étais pas favorable au traité de Maastricht qui donnait une totale indépendance en dehors de tout contrôle du suffrage universel. J’ai le sentiment, permettez-moi de le dire à la lumière de la situation d’aujourd’hui, que tout cela était tout à fait justifié, si bien que je ne me sens pas en porte-à- faux avec moi-même, comme certains socialistes qui ont en quelque sorte adoubé le libéralisme dans leur propre maison. Et qui sont obligés aujourd’hui de se contorsionner. Je n’ai jamais fait des marchés financiers l’horizon de l’humanité.

La pédagogie par la démission

Certes j’ai démissionné trois fois mais en même temps, j’ai été l’un des ministres les plus longtemps en poste au gouvernement avec Jack Lang. Mes démissions ne doivent pas oblitérer les décisions que j’ai prises : la relance de la recherche en 1981-1982, le redressement de l’école publique en 1984, avec l’instauration en particulier du baccalauréat professionnel, la défense, et le plan armée 2000, la police de proximité, l’intercommunalité, la définition d’un équilibre dans la politique de l’immigration. Il est vrai cependant qu’à plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de marquer nettement mon désaccord ; une première fois au moment du tournant libéral en 1983, une deuxième fois avec la guerre du Golfe en janvier 1991 et enfin au sujet de la Corse, la République et de l’Europe en 2000. Pour moi, cela fait partie de la déontologie républicaine car il y a des moments où il faut savoir dire non et prendre du champ. Sous la IIIe République, ce type de décisions était très courant. Cela s’est perdu parce que sous la Ve République et jusqu’à la dernière réforme constitutionnelle, le démissionnaire ne retrouvait pas automatiquement son siège de député, son suppléant devant démissionner mais sans que rien ne l’y oblige.
Le mien l’a fait sans aucune difficulté. Démissionner ? C’est toujours une décision douloureuse, surtout si on quitte un gouvernement dans lequel on a le sentiment d’œuvrer utilement. Je ne l’ai jamais prise facilement. Pour moi, ces démissions avaient une dimension pédagogique pour “marquer le coup”. En 1983, contre le “tout marché” dont trop de camarades étaient devenus les thuriféraires ; en 1991, contre l’aberration des guerres Nord-Sud et du clash des civilisations. En 2000, contre la dissolution de la nation.
Faisant le constat de mon incapacité à pouvoir changer le cours des choses de l’intérieur, je prends alors date. Ma démission de 1983 trouve aujourd’hui à mon sens, vingt-cinq ans plus tard, toute sa justification. Idem pour celle de 1991, ou quand la France a refusé en 2003 de cautionner l’invasion de l’Irak. Quant à la Corse, les Corses eux-mêmes ont rejeté le statut particulier qu’on leur offrait en 2003 et les Français ont dit non en 2005 à la Constitution européenne ; il y a toujours dans la démission un pari sur l’avenir. A court terme, la réaction des gens est variable. Beaucoup s’écartent de vous dès lors que vous n’êtes plus en mesure de distribuer les postes et les honneurs. Et en quittant un gouvernement, vous perdez beaucoup de moyens. En même temps, certains vous soutiennent tandis que chez d’autres ce comportement suscite de l’incompréhension. Le temps en général éclaircit les choses. Par exemple, à Belfort, les gens n’ont pas compris sur le coup ma démission au moment de la guerre du Golfe. Sans doute peuvent-ils mieux la comprendre aujourd’hui.

La ressource intellectuelle

Pour faire de la politique dignement, il faut défendre des idées que l’on croit justes. Cela passe par un investissement intellectuel collectif. On est plus intelligent à plusieurs que tout seul. J’ai toujours eu cette capacité à fédérer autour de moi des compétences de qualité. Il faut pour cela une certaine exigence intellectuelle et une certaine rectitude et aussi incarner quelque chose à un moment donné. Je pense que j’ai incarné une conception républicaine que la gauche pouvait signifier et apporter à la France.
Le Ceres était un think-tank composé de jeunes gens de 20 à 25 ans dont beaucoup sortaient de l’ENA ou de l’X. Son premier opuscule sur les nationalisations publié en avril 1968 avait pour thème la gauche et la politique industrielle. Et quatorze ans plus tard, la gauche au pouvoir conduisait son programme de nationalisations. Cela prouve que les idées anticipatrices peuvent cheminer. Par la suite j’ai créé un club, République moderne, en lettre mensuelle. Et il y a cinq ans, j’ai fondé une fondation, Res Publica. Celle-ci a une production intellectuelle abondante. Elle doit en être à son quarantième cahier sur des sujets extrêmement variés qui vont de l’école à l’Allemagne, la Russie, l’Onu, le décollage du Maghreb, l’instruction civique. Du Ceres à Res Publica, les ressorts sont les mêmes : les participants apportent leur contribution parce qu’ils ont envie d’agir et de s’inscrire dans une perspective. Mon ancrage local au territoire de Belfort est tout aussi essentiel. J’ai été élu député du Territoire de Belfort en 1973 - cela fait 38 ans - et mon mandat de sénateur court jusqu’en 2014. C’est dire combien je me suis puissamment investi dans la destinée de ce territoire. Sans lui, ma vie politique, singulièrement depuis que je suis sénateur, n’aurait pas le même intérêt. “Même mort, je reviens !” J’ai fais mienne cette devise latine depuis mon coma. Pour survivre en politique, l’essentiel est d’être en harmonie avec soi-même, avec ce que l’on croit, et avoir des convictions. Des convictions non pas figées — mes grands-parents m’en ont forgé de fortes que je renie pas — mais avec la volonté de comprendre le monde dans lequel on est et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Mes analyses, je les ai puisées à la fois à la tradition républicaine, à Jaurès, à l’analyse de Marx — je dis bien à l’analyse, pas au prophétisme. Un creuset que je ne récuse pas car encore aujourd’hui, ces grilles de lecture m’ont paru assez sûres. Il convient bien sûr de toujours essayer de se perfectionner et d’actualiser ses interprétations. Les cahiers de Res Publica y contribuent.

L’Europe, l’Allemagne
Je ne suis pas en campagne. Ces élections n’ont pas à mes yeux beaucoup de signification. Le Parlement de Strasbourg est une institution fantôme qui ne forme aucune volonté générale. Les députés s’y expriment trois minutes tour à tour. C’est plutôt un alibi pratique qu’un outil de démocratie. J’observe que dans la vie politique française, personne n’a pu faire prospérer un succès à ces élections. Ni Le Pen, ni de Villiers, ni Pasqua, ni Tapie. C’est une élection où chaque force politique mesure son influence. Cela permet aussi d’investir à Strasbourg les recalés du suffrage universel. Qui connaît le nom de son député européen ? On a prétendu rapprocher les députés européens des électeurs en découpant la France en cinq grandes régions, on les en a encore davantage éloignés. C’est pourquoi mon mouvement ne concourt pas à ses élections. Pour ma part, je voterai blanc. Les relations entre la France et l’Allemagne sont un sujet très ancien et très difficile ; force est de constater que les rapports franco-allemands ne sont jamais spontanément au beau fixe. A amener ces deux peuples contigus à travailler ensemble est une tâche à renouveler en permanence. Il faut qu’ils se persuadent l’un l’autre qu’aucun d’eux ne peut dominer l’Europe d’une manière ou d’une autre, soit par la diplomatie, la technologie ou l’industrie. Et que l’ère du leadership européen est close. Conscients de leur solidarité de destin, Français et Allemands peuvent ensemble impulser une grande politique européenne. Trop souvent, il y a d’un côté une certaine arrogance ou de l’autre une certaine suffisance qu’il faut surmonter. Le traité de Lisbonne va avoir des conséquences dommageables. Il va créer un déséquilibre durable entre la France et l’Allemagne, cette dernière disposant d’un tiers de voix supplémentaires au Conseil européen. Cela rompt les équilibres fondateurs établis en 1951 par les pères fondateurs – l’exacte parité des votes entre les deux pays quoi qu’il puisse arriver. Il s’agit pour le coup d’une véritable rupture.
Quant à la réintégration de la France dans l’Otan, c’est une erreur.

L’Otan, l’Irak
Intégrer l’Otan ? Personne ne nous demandait de prendre cette décision. Elle va nous entraîner dans des guerres qui ne seront pas les nôtres, comme par exemple l’affaire d’Afghanistan. Cela correspond à un tropisme de la politique américaine, l’élargissement vers l’Est. Je fais tout à fait crédit aux initiatives prises ou à venir de Barack Obama. Mais sa présidence ne sera qu’un moment de l’histoire, alors que l’alliance de l’Otan perdure depuis 1949. La distance marquée par le général de Gaulle aurait dû être conservée. Quant à l’intégration ou pas de la Turquie, elle est d’abord une affaire européenne et on aimerait bien que les limites de l’Europe soient fixées par les Européens eux-mêmes, et non pas par les Américains. Je suis très américanophile et le peuple américain est très hospitalier. Mais l’administration américaine, c’est autre chose. Elle mène une politique qui vise à dominer le monde et les Etats-Unis n’ayant plus les moyens de le dominer, ils ont besoin d’auxilliaires qu’ils viennent chercher en Europe ou ailleurs. Obama a bien compris que l’Amérique vivait au-dessus de ses moyens. J’attends de voir comment il va réussir à sortir son pays du guêpier moyen-oriental.
L’Irak est un pays composite, une sorte de Grand Liban. Saddam Hussein avait un régime qui se voulait laïque, par rapport à un environnement plus fondamentaliste. En écrasant l’Irak, on a ouvert la voie aux fondamentalistes. Al Qaida ne se serait pas développé si les troupes américaines ne s’étaient pas installées durablement en Arabie Saoudite. Par ailleurs on a redonné un rôle prédominant à l’Iran dans la région. Etait-ce très intelligent ? Saddam Hussein avait proposé au Russe Primakov — j’ai encore le télégramme — que son armée évacue le Koweït et son remplacement par des troupes arabes. Proposition sans suite. Or les responsables politiques doivent pouvoir porter un jugement sur une situation. Si l’on pouvait sortir pacifiquement de cette situation, c’était cent fois préférable plutôt que d’ouvrir la voie à la famine, à l’encagement et au final à l’invasion du pays et à son explosion. Disant cela, on veut me faire passer pour un soutien inconditionnel de Saddam Hussein. Cela relève de procédés de propagande auxquels se heurtent tous ceux qui se mettent contre le flot dominant.

L’Etat, les élites, la jeunesse
Sarkozy cite souvent le cas d’Alstom. Pourquoi ne pourrait-on pas imaginer que l’Etat prenne des participations stratégiques dans des secteurs absolument stratégiques ? On ne peut pas faire l’impasse sur une politique industrielle à moyen terme. Je crains que l’on cherche à changer les choses pour que rien ne change. Aujourd’hui, il faut penser les nouvelles formes d’énergie, une économie sans effet de serre qui permette de nourrir la planète. Dans ce domaine de l’éducation, il y a tout à faire et à refaire dans notre pays. Je m’inquiète beaucoup du déclin des filières scientifiques. Car l’avenir d’un pays se dessine par la science. Il est question paraît-il de supprimer la filière S. Complètement stupide. On encourage les jeunes à faire des métiers qui ne préparent pas l’avenir du pays. Les projets individuels sont déconnectés d’une ambition collective. Or l’un ne va pas sans l’autre. Il n’y pas d’épanouissement individuel s’il n’y a pas en même temps de succès collectif. Le manque de patriotisme des élites m’alarme. De même que les progrès de la démagogie à tous les niveaux, cette idée répandue que tout à chacun a droit à tout : les uns ont droit aux parachutes dorés et les autres à des pensions de retraite revalorisées ad vita eternam. Or cela ne marche pas comme cela. On oublie de mettre l’accent sur l’intelligence, la production, l’industrie, la technologie et la compréhension du monde. Pour la France et l’Europe, ce monde-là n’est pas facile car nous rapetissons à toute vitesse. Le concept de nation républicaine a été sapé méthodiquement. Ce faisant, on sape le civisme et c’est le règne du chacun pour soi. Nous sommes à un moment de l’esprit public où l’esprit national a été considérablement dévalué. Cela vient de très loin. On a connu cela pendant l’entre-deux-guerres, sous Vichy et la collaboration."

Bio express : parcours national tourmenté
Jean-Pierre Chevènement est né le 9 mars 1939 à Belfort. Sorti de l’ENA, il adhère à la SFIO en 1964 et fonde avec d’autres en 1966 le Ceres qui deviendra un des principaux courants du PS à partir du congrès d’Épinay de 1971. Pendant ce temps, JPC est élu député aux élections législatives de 1973 à 1997, et en 2000, dans le Territoire de Belfort. De même il a été maire de Belfort entre 1983 et 2007. Ministre de la Recherche sous Pierre Mauroy, il refuse de participer au troisième gouvernement pour s’opposer au “tournant libéral” du PS. Ministre de l’Education nationale sous Laurent Fabius puis ministre de la Défense sous Michel Rocard, il démissionne en 1991 pour s’opposer à la guerre des Etats-Unis contre l’Irak. En 1992 il quitte la direction du PS afin de faire campagne pour le non au traité de Maastricht. Il fonde en 1992 le Mouvement des citoyens (MDC) et démissionne du PS. Ministre de l’Intérieur du gouvernement de Lionel Jospin, il démissionne en 2000 pour s’opposer au processus de Matignon visant à donner le pouvoir législatif à la Corse. Candidat à l’élection présidentielle de 2002, il obtient 5,33 %. Il devient président de la Fondation de recherche Res Publica. J.T

28.04.2009

Ségolène Royal et sa polémique à l'Assemblée de Poitou-Charentes

Datant d'il y a environ un an, sans vraiment de commentaires particuliers à apporter, les images parlant d'elles-mêmes :

27.04.2009

A propos du Front de Gauche (PC, PG). Partie 1

facebook_marketing.jpgJe vous fait partager céans, en triant par thèmes, mes propos sur le Mur Facebook du Front de Gauche, datant de ces derniers jours. Ils étaient parfois en réaction directe à des propos de sympathisants ou militants du Front de Gauche. J'en profite pour vous inviter à vous inscrire à Facebook, on s'y retrouvera.

A propos de son rapport avec l'idée de souveraineté nationale et populaire

[...] Le souverainisme est bien mal incarné par le Front de Gauche qui brassera toujours dans l'air en ne comprenant pas que, pour réellement refonder le système économique, il faut se reposer sur l'Etat-nation.
Ce n'est pas dans un vaste empire fédéraliste socialiste qu'on trouvera la solution mais bien dans une Europe des coopérations nationales.
[...] Le souverainisme n'est que, au départ, la reconquête de la souveraineté populaire et nationale puisqu'elle est dissoute ! Promouvoir la souveraineté, c'est être réellement démocrate.

[...] Quand vous manifestez contre les politiques libérales qui ont provoqué la crise, n'oubliez pas de défendre la souveraineté populaire et nationale. Car si on veut une véritable alternative en matière de politique économique, elle se reposera sur l'Etat-nation.
Mais malheureusement, cette notion est devenue un gros mot pour une partie de la gauche...

Dans un fragment de la gauche, il est normal de défendre l'indépendance des nations étrangères mais surtout pas celle de la France.
Il est valeureux de défendre la liberté des peuples opprimés à tel ou tel endroit de la planète... Mais la souveraineté de la nation française ça non, c'est du "repli sur soi"...
[...] Discours caricatural : "Combattons les dérives du grand capital, mais surtout ne défendons pas nos acquis sociaux assurés pourtant par la Providence..."
Je pense enfin qu'il n'y a pas trente-six définitions de la souveraineté nationale. Elle incarne le pouvoir attribué aux représentants d'un peuple. La souveraineté nationale et populaire est l'un des principes de la République française aujourd'hui quasi-totalement bafouée.

Le socialisme de tradition française - le vrai, et non pas celui importé par les marxistes - se concilie avec le républicanisme et une culture de l'idée de nation comme cadre indépassable de la démocratie... donc de la souveraineté du peuple !

Tout le reste, ce ne sont que des idéaux - parfois utopistes - sans véritable teneur et encore parfois séparatistes. Pourtant, à l'heure où ce fédéralisme libéral nous asphyxie, il faut bien se retourner vers un cadre on ne peut plus sûr : celui de la Nation.

A propos de son internationalisme (partagé avec l'ensemble des communistes)
[...] Une partie de la gauche ne pense plus à l'internationalisme comme un concept réellement entre-nations, au sens étymologique du terme.
Pour qu'il y ait internationalisme pragmatique, l'existence des nations - en supposant donc la défense de leurs légitimités et leurs souverainetés - est essentielle, autrement l'internationalisme ne veut plus rien dire.... Ce sont les lambertistes, à l'extrême gauche par exemple, qui l'ont bien compris.

25.04.2009

Candidature présidentielle: Villepin "souhaite fort que cela soit possible"

Seance-poesie-par-Dominique-de-Villepin_img_234_199.jpgL'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, interrogé vendredi sur France 3 sur son éventuel intérêt pour une candidature présidentielle, a répondu qu'il souhaitait "fort" que "cela soit possible".
Comme on lui demandait lors de l'émission "Comme un vendredi", si la raison pour laquelle il n'avait jamais brigué de mandat électif, était qu'il ne s'intéressait qu'à la présidentielle, M. de Villepin a répondu: "l'élection, c'est une question de circonstance, quelle que soit l'élection, à quelque poste que ce soit".
"En l'occurrence, il se trouve que cela ne s'est pas présenté. Mais je souhaite fort que cela soit possible, oui bien sûr", a poursuivi M. de Villepin, 55 ans. "Et puis nous verrons bien".

Depêche AFP - 24 Avril 2009

24.04.2009

Sécurité : les réponses "Canada Dry" du Président Sarkozy

zoom.jpgLe Président de la République apporte aux phénomènes de bandes des réponses Canada Dry : ça a l’apparence d’une politique de sécurité, mais ce n’est pas une politique de sécurité. En particulier, le nouveau délit de « participation en connaissance de cause à un groupement, même formé de façon temporaire » est redondant par rapport à l’actuel délit « d’association de malfaiteurs ». Quant aux violences en groupe, « en réunion » ou en « bandes organisées » elles sont déjà des circonstances aggravantes.

Il existe une réalité des phénomènes de bandes, qui, sans être nouvelle, est effectivement croissante, notamment en Ile de France. Elle s’inscrit dans un contexte de crise économique et sociale, de crise nationale et civique, de crise de l’autorité et de la parentalité…

Cette réalité appelle des actes et non des paroles, fussent-elles présidentielles :
- Il faut agir : partager l’information en temps réel, entre acteurs de la prévention : éducation nationale, municipalités, organismes de prévention spécialisée, police, justice.
- Il faut agir : lutter efficacement contre l’absentéisme chronique à l’école, la déscolarisation, et plus globalement l’échec scolaire, grâce à une mobilisation accrue de l’administration de l’Education Nationale et à l’ouverture d’établissements spécialisés.
- Il faut agir : renforcer la présence policière au plus proche du terrain.
- Il faut agir : lutter contre la récidive, en renforçant la qualité de la réponse judiciaire, grâce au recrutement de magistrats et d’éducateurs de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) , au développement des alternatives à la peine et à l’incarcération, et au renforcement des moyens des services pénitentiaires afin d'exécuter plus vite les peines et de mieux préparer les détenus à la sortie de prison…

A Paris, le Contrat Parisien de Sécurité signé le 3 mars dernier prévoit une réponse globale et coordonnée aux phénomènes des bandes. Mais de quels moyens disposeront les acteurs de la sécurité, quand on voit, notamment, le sous effectif chronique du tribunal pour enfants de Paris, de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et des Services Pénitentiaires d'Insertion et de Probation ? Pourra-t-on maintenir et renforcer une police urbaine de proximité à Paris quand la RGPP prévoit à l’échelle nationale la suppression de 18.000 policiers ? Quels moyens les collectivités pourront-elles consacrer à la prévention quand l’Etat étrangle leur budget en n’attribuant pas les financements des politiques décentralisées (l’Etat doit ainsi 300 Millions d’Euros en 2009 à la ville et au département de Paris) ?

Il y aurait bien des chantiers pour une action gouvernementale audacieuse et volontariste contre l’insécurité, et notamment les phénomènes des bandes. Mais le Président de la République, plutôt que de faire le choix de l’action, préfère la surenchère dans la communication, le bavardage et la gesticulation juridiques. Dans ces conditions, on peut craindre que les statistiques des violences aux personnes, notamment non crapuleuses, se dégraderont sans cesse au cours des prochains mois, comme elles se sont sans cesse dégradées depuis que Nicolas Sarkozy a eu des responsabilités en matière de sécurité intérieure.

Georges SARRE, Maire adjoint de Paris chargé de la sécurité et de la prévention,
Secrétaire national du Mouvement Républicain et Citoyen

22.04.2009

Face à la crise, le retour du politique

istockphoto_5908933-continent-separated-world-map-with-globes-set.jpgFinie l’ère du tout marché, du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’interdiction des aides d’Etat, de la prohibition des déficits et des endettements excessifs ! Depuis l’automne 2008, la « main invisible » censée réaliser l’optimum social pourvu que l’autorité publique ne s’en mêlât point n’inspire plus confiance. Les dieux du Marché sont tombés de leurs autels. Les grands prêtres se sont tu. La foule qui se prosternait à l’énoncé de vérités éternelles qui tombaient de leurs bouches a déserté leurs temples.

L’Etat est revenu avec ses gros sabots pour assurer plans de refinancement et plans de relance face à la dépression. C’est celle-ci qui a conduit, en catastrophe, les politiques, libéraux de doctrine ou fraîchement convertis, à changer de pied devant les foules éberluées.

« A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ». C’est par centaines de milliards de dollars ou d’euros que s’énoncent les plans destinés à sauver les banques de la faillite. Les pays anglo-saxons ne reculent pas devant les nationalisations. D’autres, de tradition moins libérale, comme la France, se bornent paradoxalement à prêter à leurs banques à des taux presque usuraires pour qu’elles continuent de financer l’économie à des taux bien inférieurs. Comprenne qui pourra : La plus grande de nos banques par exemple qui continue de déclarer des bénéfices, s’endette à grands frais auprès de l’Etat et rachète dans le même temps des activités bancaires dans les pays voisins. Dans tout cela flotte comme un air d’improvisation. Les doctrinaires du désendettement public viennent maintenant expliquer qu’il y a « la bonne dette » à côté de la mauvaise, et que l’explosion des déficits n’est en fait qu’une illusion d’optique. Après les plans de refinancement viennent les plans de relance, dont l’effet paraît nul, tant le bruit sourd d’un effondrement continu monte des profondeurs de l’économie : deux millions et demi d’emplois supprimés aux Etats-Unis en quelques mois. Un million de chômeurs supplémentaires en Espagne en moins d’un an. En un trimestre, les ventes et la production d’automobiles plongent presque partout de 40 %.


Une chose cependant devrait frapper les esprits : si leurs effets ne sont pas encore visibles, les plans de relance ont été annoncés partout par les autorités nationales, à l’instar des Etats-Unis. En Europe, c’est le Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, qui a pris l’initiative de lancer son plan à travers une instance qui ne s’était jamais encore réunie, le G4, c’est-à-dire les quatre principales économies européennes, puis le G16, instance tout aussi improvisée puisqu’elle consistait à faire entrer la Grande-Bretagne dans l’Eurogroupe. Il en a résulté deux choses : un montage qui juxtaposait les plans nationaux et qu’approuva in fine l’Union à vingt-sept, et enfin l’initiative d’un G20 imposée à un G.W. Bush finissant. Il est vrai qu’une relance coordonnée répondait à l’intérêt bien compris des Etats-Unis. Dans cette affaire, non seulement Nicolas Sarkozy, mais aussi Gordon Brown et l’Administration américaine elle-même, ont donné l’exemple d’une réactivité inattendue de la part de dirigeants présumés libéraux. C’est en tout cas dans le cadre national que des décisions d’une ampleur jamais vue depuis des décennies ont été prises. L’Union à vingt-sept et le G20 n’ont été que de vastes mises en scène. De bout en bout, les décisions ont été nationales, y compris dans l’Allemagne de Mme Merkel, au départ la plus réticente à agir dans un cadre européen ou même tout simplement multilatéral. Les décisions ont été nationales pour une raison toute simple : la nation reste le seul cadre démocratique où des gouvernants appuyés sur l’opinion publique et sur le Parlement ont la légitimité pour agir avec force à l’échelle requise. La Commission européenne a disparu dans un trou de souris. Le FMI fait des communiqués. Les textes européens ont été « suspendus ». Le retour du politique s’est donc fait dans un cadre national. Seuls jusqu’alors des responsables politiques portés sur la théorie, c’est-à-dire isolés, avaient osé soutenir que les marchés financiers n’étaient pas l’horizon de l’humanité mais que les peuples et les nations restaient les permanences de l’Histoire. Depuis près de trois décennies, la « doxa » libérale avait réussi à diaboliser l’intervention de l’Etat dans l’économie et à ringardiser l’idée même d’une politique industrielle. Mais dans l’immense désarroi qui s’est emparé des esprits après la chute des géants de la finance de Wall Street, on s’est tourné d’emblée et comme instinctivement, vers les pouvoirs qui trouvaient leur source dans le vouloir-vivre des nations. Celles-ci qu’on avait démonisées comme l’origine des pires fléaux, retrouvaient leurs couleurs. Certes il ne s’agit pas d’un retour au nationalisme, perversion de l’idée de nation, mais simplement de la réaffirmation du rôle démocratique des nations qui, au début du XXIe siècle, partagent d’ailleurs les mêmes valeurs et les mêmes principes.

Le retour à la nation a des raisons plus prosaïques : C’est qu’il allait falloir payer. On se tournait vers le citoyen. On se tournait aussi vers le contribuable. Seul l’Etat en effet pouvait offrir une garantie pour les prêteurs. Lui seul paraissait assez armé pour tirer des traites sur l’avenir.

Mais quel avenir ? Arrivés à ce point, les thuriféraires du libéralisme hésitent. Leur voix tremble. Ils veulent se rassurer. Il ne saurait, bien évidemment, à leurs yeux, n’être question que d’ouvrir une « parenthèse interventionniste » comme il y eut pour d’autres, jadis, en 1983, une « parenthèse libérale ». Ils se refusent encore à réglementer, à prendre des participations publiques au capital des entreprises, à fixer des plafonds aux rémunérations. Ils préfèrent s’en remettre aux codes de bonne conduite qu’on laisse aux patrons le soin d’élaborer. La faiblesse de cette position commence à apparaître.

Car on devine que la crise sera longue et profonde. Immenses sont les problèmes qui restent irrésolus : réglementation des hedge funds et des banques en général, prohibition des paradis fiscaux, politique des revenus, parités monétaires, programmes publics et politiques industrielles capables de soutenir une relance enfin efficace, etc.

Le retour du politique prendra du temps, lui aussi. Il s’avance à tâtons et ne sait encore la forme qu’il prendra. Une chose est sûre : il faudra inventer ou réinventer l’Etat, développer les capacités d’anticipation, de prévision et de programmation, articuler le renouveau du civisme à de nouvelles formes de patriotisme, trouver des formes de coordinations encore inédites à l’échelle internationale, penser une Europe à géométrie variable, des institutions économiques et monétaires mondiales, associant aux vieux pays riches les puissances émergentes, sans oublier – espérons-le – les pays qui n’émergent pas.

Surtout il faudra donner forme humaine au retour du politique : recréer l’espoir en pensant le monde avec trente ans d’avance. Déjà on devine que d’immenses investissements sont nécessaires pour préparer l’après-pétrole, limiter l’émission de gaz à effet de serre, nourrir l’humanité, économiser les biens rares : eau, air, sols, et que l’idée de service public garde toute sa force pour faire de la santé, de l’éducation, de la culture et de la recherche les vraies priorités du développement humain. Ces priorités, pourtant incontestables, ne s’imposeront pas d’elles-mêmes. Pour dépasser les concurrences et les tensions inévitables et préparer un monde réellement meilleur, on ne fera pas l’impasse des luttes et de la conscience, bref de ce qu’on appelle « la politique ».

Jean-Pierre Chevènement, Hors les murs, Avril 2009

21.04.2009

Ségolène Royal condamnée définitivement à indemniser deux ex-collaboratrices

0.12.jpgLa Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par Ségolène Royal contre une double condamnation prononcée il y a un an pour le non versement de salaires à deux ex-collaboratrices, a-t-on appris lundi de source judiciaire, confirmant une information du Figaro Magazine.

Le 8 avril, la chambre sociale de la Cour de cassation a rendu définitifs les arrêts rendus le 10 avril 2008 par la cour d'appel de Rennes en faveur de deux anciennes collaboratrices de Mme Royal à une époque où elle était députée des Deux-Sèvres (1993-1997).
Ces deux ex-attachées parlementaires, licenciées en mai 1997 après la dissolution de l'Assemblée nationale, étaient en droit de réclamer le versement de salaires non payés, dès lors que leur travail au service de Mme Royal s'était poursuivi pendant quelques semaines au-delà de leur période de CDD, a tranché la juridiction suprême.
"Dès l'instant que la relation de travail se poursuit à l'expiration du terme du contrat à durée déterminée (CDD), le contrat de travail (...) devient à durée indéterminée", ont expliqué les magistrats de la chambre sociale en précisant s'appuyer sur le Code du travail (Art. L.1243-11).
La cour d'appel, qui a constaté par exemple que Mme X. (l'une des deux plaignantes, ndlr) "avait, dans les conditions du CDD, poursuivi au-delà du 31 mai 1997 son activité de secrétariat dans les locaux de la permanence (de Mme Royal) pour le compte et sous les ordres de cette dernière, a légalement justifié sa décision", ont ajouté les magistrats, selon un arrêt consulté par l'AFP.
Après la dissolution de l'Assemblée, les deux attachées parlementaires avaient continué de travailler pour Mme Royal pendant la campagne électorale puis jusqu'en juillet, après son entrée dans le gouvernement Jospin.
Faute de règlement à l'amiable de leurs exigences, elles avaient décidé de saisir le conseil des prud'hommes de Niort.
Mais le 15 février 1999 cette juridiction ne les avait que partiellement satisfaites, accédant aux demandes de réparation financière uniquement pour la période de la campagne électorale, soit du 12 au 31 mai 1997. Elles avaient alors décidé de poursuivre leur combat en appel puis en cassation.
Après une première victoire à leur actif devant la Cour de cassation en 2007, l'affaire était revenue en 2008 devant la cour d'appel de Rennes, qui avait estimé que les plaignantes étaient fondées à réclamer des rémunérations pour les semaines travaillées en juin et juillet. Mme Royal s'était alors pourvue à son tour en cassation.
Réagissant à la décision du 8 avril, l'UMP a demandé lundi à l'ex-candidate socialiste à la présidentielle de "dire pardon" à ses deux anciennes collaboratrices "victimes de sa non application de la loi de la République".

Dépêche AFP - 20 Avril 2009

19.04.2009

L'étrange allié de Philippe De Villiers : Declan Ganley

Je reviendrai en détail sur le cas Declan Ganley mais, en apéritif à propos de ce personnage allié à divers mouvements poliiques européens souhaitant réformer l'UE pour une Europe démocratique, je vous conseille de visionner cette suivante vidéo :

15.04.2009

Démagogie et vacuité : un partout !

07-04-23-segolene-royal-sarkozy.jpgIl y a quelques jours, Ségolène Royal est partie à Dakar, la capitale du Sénégal. La présidente de la région Poîtou-Charentes y a notamment demandé pardon pour le discours du Président de la République Nicolas Sarkozy qu'il avait fait dans la même ville en 2007.
Pardon pour quoi précisément ? Pour cette phrase affirmant que l'homme africain n'était pas assez entré dans l'Histoire.
Des propos péjoratifs ? Sans doute, même dans leur contexte que je prends en compte mais que je ne détaillerai pas céans. Puis je reviendrai plus tard sur mon sentiment concernant ceux-ci.
Parce que, pour ce qui est de Royal, nous pouvons déjà nous demander au nom de qui, au nom de quoi, elle parle ?
Elle est, certes, une personne libre disant donc ce qu'elle souhaite ; et sa demande de pardon ne me gêne pas plus que ça. Par contre, cette femme politique ne représente rien. Certes aussi, elle a été au second tour des dernières élections présidentielles et un nombre conséquent de citoyens français ont voté pour elle. Or, le nombre de coups de projecteurs tournés vers elle est loin d'être égal à celui qui fut tournés vers l'avant-dernier finaliste des présidentielles. Comme si des votes étaient plus légitimes que d'autres alors que, même si l'on peut ne pas aimer la dernière personne en question, les votes ont tous la même valeur, dans l'absolu démocratique.
Et puis Royal n'est pas la première secrétaire du parti auquel elle appartient, elle ne représente aucune opposition politique précisément déterminée, ni une quelconque organisation humanitaire.
Seulement, nous savons - parce que cela se voit comme un œil au milieu d'une figure de Cyclope - qu'elle est assoiffée de reconnaissance. Et pour le coup, comme d'ailleurs à bon nombre de reprises, la Dame blanche de la politique fait dans la démagogie (pratique cependant bien répandue chez un certain nombre d'individus de son parti). Je pense, en plus, que les Français en ont marre de la démagogie des politiques ; certains même sont dans cette pensée exacerbée que tous les politiques sont des gens qui trompent le Peuple et ne tiennent pas leurs promesses.

C'est Henri Guaino, la plume du Président du restant de notre République, qui a écrit le discours en question. (D'ailleurs, il est bien loin le temps où le Chef de l'Etat écrivait lui-même ses discours, il n'y avait qu'un De Gaulle pour ça.) Je ne suis pas choqué que ce soit Guaino qui ait écrit cette phrase ayant provoqué un tollé relatif sur le continent africain.
Les Africains sont, comme les hommes des autres continents, bel et bien entrés dans l'Histoire. Tristement parfois. Même souvent. De l'escalvagisme à la famine, des dictatures politiques aux dictatures économiques, avec ces cités africaines malades et délabrées.

Je n'apprécie pas, par conséquent, les propos du discours de Sarkozy. Bien d'autres, en même temps, m'ont choqué, du moins interpellé.
Souvenons-nous lorsqu'il avait dit que jamais le professeur des écoles ne remplacera un homme d'église. Des propos qui jouent avec la laïcité française qu'il doit pourtant garantir en tant que Président de notre République notamment laïque.
J'ai, de plus, entendu de nouveau, il n'y a pas longtemps, Sarkozy dire texto que les énarques n'avaient pas dans leurs gènes (drolissime non ?) le souci du résultat, contrairement aux autres (évidemment, lui n'est pas énarque et fait donc partie des autres).

En résumé, nous avons une professionnelle de la polidémagogique ne représentant aujourd'hui personne et demandant pardon pour l'une des multiples boulettes d'un Président décidément démuni du respect des principes républicains et de vision pour la France.
C'était donc cela que nous proposaient les deux organes majeurs de la politique française en 2007 ? Je comprends toujours mieux, chaque jour, pourquoi je n'ai pas pu faire un choix lors du second tour des présidentielles de cette année-là.

Antoine Chimel

14.04.2009

Charles de Gaulle : un homme d'Etat, un vrai

de-gaulle-constitution-cambon.jpgOn me dit qu'il faudrait que je remette un peu de débat sur ce blog... Soit. Puisque la campagne des élections législatives est ennuyeuse au possible, je vous propose une galerie des présidents de la Ve République française, qui, je l'espère, pourra être de nature à vous faire réagir, chers lecteurs. :-)
A tout seigneur, tout honneur, comme on dit : commençons par le premier président de notre Ve République bientôt cinquantenaire... Commençons par Charles de Gaulle, né le 22 novembre 1890 à Lille (Nord), mort le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne), président élu le 21 décembre 1958 au suffrage universel indirect, et réélu le 19 décembre 1965 au suffrage universel direct.

Sa vie fut digne d'un roman épique. Militaire de carrière, issue d'une famille catholique et patriote, fils d'Henri de Gaulle, professeur de lettres et d'histoire se disant "monarchiste de regret" tout en exprimant des opinions dreyfusardes, plutôt rares dans son milieu, au moment de l'affaire Dreyfus, Charles de Gaulle fut un officier combattant de la Première Guerre Mondiale, avant d'être un officier anti-conformiste durant l'entre-deux-guerres, écrivant plusieurs ouvrages de réflexion politique et de stratégie militaire, dans lesquels il a notamment préconisé l'usage des blindés. Puis vint la Deuxième Guerre Mondiale... Général de brigade pendant la bataille de France en mai 1940, il devint, le mois suivant, sous-secrétaire d'Etat à la Défense nationale dans le cabinet Reynaud. Vint ensuite l'armistice, et le moment pour De Gaulle d'entrer dans l'histoire... Car avant d'être le créateur de la Ve République, le général de Gaulle est d'abord l'homme du 18 Juin.
En 1940, au moment où la France a connu la pire débâcle de toute son histoire, De Gaulle a refusé de se résigner à ce qui semblait inéluctable à la majorité des Français : il a refusé la défaite, l'asservissement humiliant de la nation, le régime collaborationniste et antisémite de Vichy, l'occupation nazie et fasciste du territoire national. Refusant l'armistice, il a lancé, depuis Londres, le 18 juin 1940, un appel à la résistance. Chef de la France Libre, il a crée le Comité français de libération nationale, en 1943 à Alger, qui devint le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) en juin 1944, avant de s'installer dans Paris libéré en août 1944, sous la présidence de De Gaulle. Alors que les Alliés anglo-américains avaient envisagés de mettre en place, dès leur arrivée en France, un gouvernement militaire d'occupation chargé d'administrer les territoires libérés, De Gaulle, toujours soucieux de l'indépendance nationale et fort de l'appui des populations, a réussi à imposer, dès la Libération, l'autorité des représentants du Gouvernement Provisoire et la restauration de la légalité républicaine. Il a donné le droit de vote aux femmes, permis à la France de siéger au Conseil de sécurité de l'ONU et engagé une politique économique et sociale novatrice (avec l'instauration de la Sécurité Sociale notamment), avant de démissionner en janvier 1946, faute de pouvoir s'entendre avec l'Assemblée Constituante.
Après une traversée du désert, il a été rappelé au pouvoir, à la faveur de la crise algérienne, en mai 1958, et il fit approuver par référendum, le 28 septembre 1958, une nouvelle Constitution fondant la Ve République, qui est encore la notre aujourd'hui. Elu premier président de la nouvelle république le 21 décembre par un collège électoral de 83 000 notables, il entra en fonction le 8 janvier 1959. Il pratiqua une politique étrangère originale, basée sur une indépendance nationale s'appuyant notamment sur une Europe économique, la réconciliation franco-allemande, et une défense nucléaire française. Il révisa la Constitution en 1962 pour instituer l'élection du président de la République au suffrage universel direct, faisant adopter la révision par référendum le 28 octobre 1962. Puis il y eu l'élection présidentielle de décembre 1965, gagnée par Charles de Gaulle contre François Mitterrand, au second tour ; le retrait de la France de l'OTAN en 1966 ; les élections législatives de 1967, remportées d'un siège par le général de Gaulle grâce aux Républicains Indépendants de Valéry Giscard d'Estaing, les évènements des mois de mai et juin 1968, qui ont ébranlé le régime sans pour autant le renverser ; et enfin, le départ-démission de De Gaulle, le 28 avril 1969, après l'échec du "référendum-question de confiance" du 27 avril.

Je me souviens qu'à l'époque où j'ai encore jeune collégien - c'était il y a plus de dix ans maintenant -, on m'avait demandé d'écrire une rédaction en classe, sur le thème "Quel personnage auriez-vous aimé être"... Après avoir un peu réfléchi, j'avais choisi Charles de Gaulle, simplement, sans avoir subi l'influence de quiconque. Je me souviens que ma rédaction, dans laquelle j'avais cité de mémoire des dates et évènements historiques, avait été alors assez remarquée, et dans la mesure où je l'avais rédigé en classe sans préparation, ma professeure de français de l'époque n'avait pu que me donner une bonne note. Par timidité et par soucis de ne pas me mettre trop en avant, ni d'être stupidement étiqueté, j'avais préféré dire à mes camarades qui me demandaient pourquoi j'avais choisi De Gaulle, que j'aurai pu écrire aussi bien quelque-chose sur n'importe quel autre personnage, mais, en réalité, je n'aurai pu en choisir aucun autre, car Charles de Gaulle m'apparaissait déjà à l'époque comme un modèle, tant sur le plan historique que politique. Sa solitude face à son destin, sa volonté, son courage, sa droiture, son sens de l'honneur et du devoir, étaient déjà exemplaires pour moi, à l'époque, et bien entendu le sont encore aujourd'hui.

Je ne suis pas de droite, et ne le serai jamais. Dès lors, pourquoi éprouver un tel respect, une telle admiration, pour De Gaulle ? Parce que celui-ci incarne, aujourd'hui comme hier, bien autre chose que la droite. Charles de Gaulle méprisait les partis politiques, et ne manquait pas d'éprouver de la défiance à l'égard d'une droite qui, certes, le soutenait, mais qui ne l'aimait pas et qui le lui fit d'ailleurs bien sentir en 1969. En juin 1968, déjà, De Gaulle savait que la victoire massive des gaullistes aux élections législatives n'était pas la sienne, bien qu'elle fut remportée en son nom. En 1969, ceux qui avaient quelque intérêt à ce qu'il parte se sont objectivement joints à ses ennemis pour le pousser vers la sortie. Il est vrai que De Gaulle avait un projet innovant, prévoyant l’introduction des salariés et des syndicats dans les conseils de gestion des entreprises : cela était forcément de nature à mobiliser contre lui aussi bien la droite amoureuse de l'argent qu'une gauche qui, à l'évidence, ne se sentait pas vraiment obligée de soutenir un tel projet... Finalement, c'est sur un autre projet - celui de la régionalisation et de la réforme du Sénat - que De Gaulle se vit signifier son renvoi, avec la victoire du "non" au référendum du 27 avril 1969. Constitutionnellement parlant, il n'était pas obligé de partir, mais étant fidèle à ses principes, il a fait ce n'importe-quel homme d'Etat responsable aurait fait sa place (et que Jacques Chirac aura été, évidemment, incapable de faire, bien que les occasions n'aient pas manqué) : il a démissionné. Jusqu'au bout, De Gaulle aura été exemplaire.

Ainsi, je l'avoue bien volontiers, j'aimerai que la France soit dirigé par un homme - ou une femme -de la trempe de De Gaulle... Avec Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, chacun l'aura compris, on est vraiment très loin du compte...
Pourtant, durant la dernière campagne électorale présidentielle, l'actuel chef de l'Etat n'a pas ménagé sa peine pour essayer de s'inscrire dans la lignée de De Gaulle. Sarkozy, le candidat de l'argent, le partisan d'une "autonomie" de la France - plutôt que d'une indépendance - à l'égard des Etats-Unis d'Amérique, s'est senti obligé d'aller se recueillir sur la tombe du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises, le 16 avril dernier, à six jours du premier tour de l'élection présidentielle. Erik Emptaz, dans le Canard Enchaîné, avait alors plus ou moins résumé l'état d'esprit qui est encore le mien aujourd'hui vis-à-vis de cet "évènement" :

« DEBOUT LES MORTS !
Ce n'est pas une photo de presse, c'est une image pieuse dans "le Figaro" de mardi [17 avril]. Seul et comme en prière au pied de la croix de Lorraine, Sarko, en pèlerinage à Colombey-les-Deux-Églises, et sous un rai de lumière céleste. Touché par la grâce, il a vu de Gaulle comme Bernadette Soubirous a vu la Vierge. Et quand il en parle, ce ne sont pas des petites phrases mais une homélie qui sort de la bouche du nouveau converti, qui ne s'était pas, en tout cas jusque-là, fait remarquer par sa piété pour saint Charles de Colombey.
Sans doute est-ce parce que le gaullisme doit relever de l'acquis plutôt que l'inné. Si Sarko n'a pas le gène du Général, il coifferait volontiers son képi, fût-il trop grand pour lui. Car, il l'a répété, il aime ce "symbole de l'espérance qui espérait encore et a fait espérer des millions de gens". Et, même s'il ne reste pas tant de millions de gaullistes, Sarko agit quand il regarde vers de Gaulle au ciel comme il le fait en lorgnant vers son extrême droite : "Le Pen ne m'intéresse pas, son électorat, si." Il en va de même avec le gaullisme : "ses valeurs n'ont pas pris une ride", mais ce ne sont pas les rides qui intéressent Sarko, seulement les électeurs qui partagent encore ses valeurs.
Et, en ce sens, il n'a pas lésiné sur l'icône de Colombey, "témoignage d'une époque où la France ne doutait pas d'elle-même". Sarko, lui, ne doute de rien. Pour parler "à tous les Français sans exception, pour aimer la France, aimer chaque Français", une semaine il est Jaurès, Blum ou Guy Môquet, la suivante Maurras ou Le Pen. Et dans les derniers jours avant le premier tour, voilà de Gaulle au plus haut des cieux. Pour faire bonne mesure, il rajoute Jean-Paul II, homme "d'ouverture, de tolérance et de fermeté". D'obscurantisme aussi. Mais quand on ratisse large il ne faut pas finasser. Gaullisme et piété. Debout les morts, il faut aller voter !
[...] »
(Erik Emptaz, in Le Canard Enchaîné N°4512, 18 avril 2007)

De fait, Sarkozy l'a avoué lui-même : son pèlerinage à Colombey était une comédie...

« Aveu méritoire
En rentrant de Colombey-les-Deux-Églises, lundi soir [16 avril], Sarkozy a justifié devant ses lieutenants sa stratégie de fin de campagne :
"A quelques jours du premier tour, il ne faut pas avoir peur d'utiliser de grosses ficelles, comme je l'ai fait aujourd'hui en allant me recueillir sur la tombe de De Gaulle et en célébrant Jean-Paul II."
On ne le lui fait pas dire ! » (Le Canard Enchaîné N°4512, 18 avril 2007)

Peut-on encore se prétendre gaulliste aujourd'hui ? En tant que mouvement politique, le gaullisme est probablement mort depuis longtemps, au plus tôt avec le général de Gaulle en 1970, au plus tard avec l'assassinat politique de Jacques Chaban-Delmas commis par Jacques Chirac en 1974... Une doctrine gaulliste aurait-elle malgré tout survécu ? Selon l'inénarable Charles Pasqua, le gaullisme existait déjà avant De Gaulle... alors pourquoi pas après ? Je n'ai pas d'avis définitif sur cette question... Le fait est, de toute façon, que le gaullisme est bien plus souvent instrumentalisé dans un but électoraliste qu'il n'est réellement appliqué dans l'action gouvernementale...
Reste, en tout cas, une "certaine idée de la France" que De Gaulle incarnait, et le souvenir de celui qui fut un homme d'Etat, un vrai, devenu une des grandes figures de l'histoire de notre pays : ce souvenir ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Cette évocation de Charles de Gaulle paraitra sans doute à certains quelque peu dithyrambique... Pourtant, je pourrai aussi avoir des choses à dire sur les défauts du personnage, qui n'en manquait pas. Mais quand je me penche sur les cas de ceux qui lui ont succédé à la présidence de la République, je me dis que quels qu'aient pu être les défauts de De Gaulle - son orgueil, ses préjugés sociaux propres à sa génération, etc. -, je les préfère, de loin, aux défauts de ses successeurs à l'Élysée... De Pompidou à Sarkozy, même pour ce qui est du revers de la médaille, aucun ne lui arrive à la cheville...

Cordialement, :-)

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste, résolument anti-sarkozyste, le 05 Juin 2007

Lien vers le blog de ce dernier : http://anarcho-monarchiste.over-blog.org/article-6751138....

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