12.05.2009
Fêtons Jeanne d'Arc ! (Partie II)
2.2. De Domrémy à Chinon : 1428 – février 1429
À 13 ans, Jeanne affirme avoir entendu les voix célestes des saintes Catherine et Marguerite et de l'archange saint Michel lui demandant d'être pieuse, de libérer le royaume de France de l'envahisseur anglais et de conduire le dauphin Charles sur le trône. Après beaucoup d'hésitations, à 16 ans, elle se met en route pour œuvrer à cette requête céleste. Arrivée à la ville voisine, elle demande à s'enrôler dans les troupes du dauphin. Sa demande est rejetée deux fois, mais elle revient un an plus tard. Et Robert de Baudricourt, capitaine dans la ville de Vaucouleurs et résigné face à la ferveur populaire de la ville où Jeanne avait acquis une petite notoriété, notamment en allant rendre visite au duc malade Charles II de Lorraine, accepte de lui donner une escorte. Avant de partir s’engager dans la guerre, Jeanne va se recueillir à la basilique de Saint-Nicolas-de-Port, dédiée au saint patron du duché de Lorraine.
Portant des habits masculins (ce qu'elle va faire jusqu'à sa mort, excepté pour sa dernière fête de Pâques), elle traverse incognito les terres bourguignonnes et se rend à Chinon où, après réception d'une lettre de Baudricourt, elle est finalement autorisée à voir Charles le dauphin. L'anecdote raconte qu'elle a été capable de reconnaître Charles, vêtu simplement au milieu de ses courtisans. Elle lui parle alors de sa mission. Par superstition, Jeanne est logée dans la tour du Coudray, celle où le dernier maître de l’Ordre du Temple (4) Jacques de Molay avait été emprisonné et aurait prononcé sa célèbre malédiction. Jeanne annonce clairement quatre événements : la libération d'Orléans, le sacre du roi à Reims, la libération de Paris et la libération du duc d'Orléans. Après l'avoir fait interroger par les autorités ecclésiastiques à Poitiers où des matrones (5) constatent sa virginité, et après avoir fait une enquête à Domrémy, Charles donne son accord sur son plan de libération d'Orléans assiégée par les Anglais. Jeanne commence une série de trois sommations destinées aux Anglais.
(4) L’Ordre du Temple était un ordre religieux et militaire international issu de la chevalerie chrétienne du Moyen Âge et dissous en 1312
(5) Des sortes de sages-femmes de l’époque, d’âge mur.
2.3. Jeanne chef de guerre : avril 1429 – mai 1430
Ses frères rejoignent Jeanne dans son combat. On l'équipe d'une armure et d'une bannière blanche frappée de la fleur de lys. Elle y inscrit Jesus Maria : la devise des ordres mendiants (les dominicains et les franciscains). Partant de Blois pour Orléans, Jeanne expulse ou marie les prostituées de l'armée de secours et fait précéder ses troupes d'ecclésiastiques. Arrivée à Orléans le 29 avril 1429, elle apporte le ravitaillement et y rencontre Jean d'Orléans, dit « le Bâtard d'Orléans », futur comte de Dunois. Elle est accueillie avec enthousiasme par la population, mais les capitaines de guerre sont réservés. Avec sa foi, sa confiance et son enthousiasme, elle parvient à insuffler aux soldats français désespérés une énergie nouvelle et à contraindre les Anglais à lever le siège de la ville dans la nuit du 7 au 8 mai 1429.
Après cette victoire, célébrée chaque année à Orléans ces deux jours, on la surnomme la « Pucelle d'Orléans ». Succédant à la libération de la vallée de la Loire grâce à la victoire de Patay (Jeanne n’est pas de la bataille) datant du 18 juin 1429, Jeanne persuade le dauphin Charles d'aller à Reims se faire sacrer roi de France.
Pour arriver à Reims, l'équipée doit traverser des villes sous domination bourguignonne qui n'ont pas de raison d'ouvrir leurs portes. En outre, personne n'a les moyens de contraindre militairement ces villes. Selon Dunois, le coup de bluff aux portes de Troyes entraîne la soumission de la ville mais aussi de Châlons et Reims. Dès lors, la traversée est possible.
Le 17 juillet 1429, dans la cathédrale de Reims, en la présence de Jeanne d'Arc, Charles VII est sacré par l'archevêque Renault de Chartres. Le duc de Bourgogne, en tant que pair du royaume, est absent. Jeanne lui envoie une lettre le jour même du sacre afin de lui demander la paix. L'effet politique et psychologique de ce sacre est majeur. Reims étant au cœur du territoire contrôlé par les Bourguignons, il est interprété par beaucoup à l'époque comme le résultat d'une volonté divine. Il légitime Charles VII qui était déshérité par le traité de Troyes (6) et soupçonné d'être en réalité le fils illégitime du Duc d'Orléans et Isabelle de Bavière.
Cette partie de la vie de Jeanne constitue son épopée : ces événements fourmillant d'anecdotes où les contemporains voient régulièrement des petits miracles, le tout conforté par leurs références explicites dans les procès, ont grandement contribué à forger la légende et l'histoire officielle de Jeanne d’Arc. La découverte miraculeuse de l'épée dite de Charles Martel sous l'autel de Sainte-Catherine-de-Fierbois, en est un exemple.
Dans la foulée, Jeanne d'Arc tente de convaincre le roi de reprendre Paris aux Bourguignons, mais il hésite. Une attaque est menée par Jeanne sur Paris (Porte St-Honoré), mais doit être rapidement abandonnée. Le roi finit par interdire tout nouvel assaut : l'argent et les vivres manquent et la discorde règne au sein de son conseil. C'est une retraite forcée vers la Loire, l'armée est dissoute.
La Pucelle d’Orléans repart néanmoins en campagne. Désormais, elle conduit sa propre troupe. Et rien ne la distingue des chefs de guerres indépendants, elle ne représente plus le roi. Ses troupes vont lutter contre des capitaines locaux, mais sans beaucoup de succès. Le 4 novembre 1429, Jeanne et Charles d'Albret s'emparent de Saint-Pierre-le-Moûtier. Le 23 novembre, ils mettent le siège devant La Charité-sur-Loire pour en chasser Perrinet Gressart (7). Pour Noël, Jeanne a regagné Jargeau suite à l'échec du siège.
Jeanne d’Arc est alors conviée à rester dans le château de la Trémouille à Sully-sur-Loire. Elle s’échappe cependant rapidement de sa prison dorée, pour répondre à l'appel à l'aide de Compiègne, assiégée par les Bourguignons. Finalement, elle est capturée lors d'une sortie aux portes de Compiègne le 23 mai 1430. Elle essaie de s'échapper par deux fois, mais échoue. Elle se blesse même sérieusement en sautant par une fenêtre. Elle est rachetée par les Anglais pour 10 000 livres et confiée à Pierre Cauchon, évêque de Beauvais et allié des Anglais.
(6) Le traité de Troyes est le traité marquant la suprématie anglaise au cours de la guerre de Cent Ans. Signé le 21 mai 1420 dans la cathédrale de Troyes, il prévoit que le roi Charles VI de France après sa mort aurait pour successeur le roi d'Angleterre, Henri V.
(7) Originaire du Poitou, Perrinet Gressart est un capitaine de routiers capturant et mettant en rançon en 1417 le duc de Bourbon. Il s'établit en Nivernais, passant au service du roi d'Angleterre, devenant capitaine des importantes places de La Charité et de Saint-Pierre-le-Moûtier qui contrôlent le haut cours de la Loire, frontière entre le duché de Bourgogne et le royaume de Bourges, et endroit où Perrinet va affronter Jeanne en novembre 1429.
A suivre :
2.3.1. Le procès en condamnation
2.3.2. Le procès en réhabilitation
3. Jeanne : son époque et après
3.1.Enjeux et problèmes de son époque
3.2.L’après Jeanne d’Arc : sa reconnaissance
4. Jeanne d'Arc : symbole du patriotisme populaire
Antoine Chimel & Wikipedia
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