14.05.2009
Fêtons Jeanne d'Arc ! (Partie III)
2.3.1. Le procès en condamnation
Lors de son procès qui dure du 21 février au 23 mai 1431, Jeanne d’Arc est accusée d'hérésie et interrogée sans ménagement à Rouen. Jugée par l’Eglise, elle est emprisonnée, au mépris du droit canon (8) dans le donjon du château de Philippe Auguste (seule une tour de la construction est parvenue jusqu'à nous et est appelée maintenant Tour Jeanne d'Arc).
Si ses conditions d'emprisonnement sont particulièrement difficiles, Jeanne n'a néanmoins pas été soumise à la torture. Or à l'époque, la torture était une étape nécessaire à un « bon procès ». Cette exceptionnelle absence de torture a servi d'argument pour affirmer l’existence d’une origine « noble » de Jeanne. Les bourreaux n'auraient pas osé porter la main sur elle.
« Sur l'amour ou la haine que Dieu porte aux Anglais, je n'en sais rien, mais je suis convaincue qu'ils seront boutés hors de France, exceptés ceux qui mourront sur cette terre. » Jeanne d'Arc à son procès, le 15 mars 1431
Les enquêteurs, conduits par l'évêque de Beauvais, Mgr Cauchon, ne parviennent pas à établir un chef d'accusation valable : Jeanne semble être une bonne chrétienne, convaincue de sa mission, différente des hérétiques qui pullulent dans un climat de défiance vis-à-vis de l'Église en ces temps troublés. Le tribunal lui reproche par défaut de porter des habits d'homme, d'avoir quitté ses parents sans qu'ils lui aient donné congé, et surtout de s'en remettre systématiquement au jugement de Dieu plutôt qu'à celui de « l'Église militante », l'autorité ecclésiastique terrestre. Les juges estiment également que ses « voix », auxquelles elle se réfère constamment, sont en fait inspirées par le démon. L'Université de Paris (Sorbonne), alors à la solde des Bourguignons, rend son avis : Jeanne est coupable d'être schismatique, apostate, menteuse, devineresse, suspecte d'hérésie, errante en la foi, blasphématrice de Dieu et des saints. Jeanne, pour sa défense, en appelle au pape ; ce qui sera ignoré par les juges.
Le 24 mai, au cimetière Saint-Ouen de Rouen, les juges mettent en scène une parodie de bûcher pour effrayer Jeanne d’Arc et la presser de reconnaître ses fautes. Jeanne, sous la promesse orale (donc invérifiable) du tribunal de l'incarcérer dans une prison ecclésiastique, signe d'une croix (alors qu'elle savait écrire son nom) l'abjuration de ses erreurs – reconnaissant avoir menti concernant les voix – et se soumet à l'autorité de l'Église. Elle est alors renvoyée dans sa prison aux mains des Anglais. S'estimant trompée, elle se rétracte deux jours plus tard, endosse de nouveau des habits d'homme (dans des conditions obscures).
Déclarée « relapse » (retombée dans ses erreurs passées), le tribunal la condamne au bûcher et la livre au « bras séculier ».
Le 30 mai 1431, elle est brûlée vive place du Vieux-Marché à Rouen. Elle rend l'âme en criant trois fois « Jésus ». Selon les témoignages, elle est voilée et placée à plus de trois mètres de hauteur.
Le cardinal de Winchester a insisté pour qu'il ne reste rien de son corps. Il désire éviter tout culte posthume de Jeanne. Il a donc ordonné trois crémations successives. La première fait mourir Jeanne par intoxication au monoxyde de carbone, la seconde laisse au centre du bûcher les organes calcinés, et de la troisième il ne reste que des cendres et des débris osseux dispersés ensuite par le bourreau Geoffray Therage dans la Seine (là où a été construit plus tard le Pont Jeanne-d'Arc) afin qu'on ne puisse pas en faire de reliques.
(8) Le droit canonique est l'ensemble des lois et des règlements adoptés ou acceptés par les autorités catholiques pour le gouvernement de l'Église et de ses fidèles. Le droit canonique n'a pas de portée sur les accords conclus par l'Église, ni des questions de dogme à proprement parler, ni enfin sur la liturgie.
2.3.2. Le procès en réhabilitation
Lorsque le roi Charles reprend Rouen, un second procès – à la demande de la mère de Jeanne et sur décret du pape espagnol Calixte III – casse en 1456 le premier jugement pour « corruption, dol, calomnie, fraude et malice ». Le pape ordonne à Thomas Basin, évêque de Lisieux et conseiller de Charles VII, d'étudier en profondeur les actes du procès de Jeanne d'Arc. Son mémoire conditionne juridiquement le procès en réhabilitation. Après avoir enregistré les dépositions de nombreux contemporains de Jeanne, dont les notaires du premier procès et certains juges, il déclare le premier procès et ses conclusions « nuls, non avenus, sans valeur ni effet » et réhabilite entièrement Jeanne et sa famille. Il ordonne également « l'apposition [d'une] croix honnête pour la perpétuelle mémoire de la défunte » au lieu même où Jeanne est décédée. La plupart des juges du premier procès, dont l'évêque Cauchon, sont morts entre temps.
A suivre :
3. Jeanne : son époque et après
3.1.Enjeux et problèmes de son époque
3.2.L’après Jeanne d’Arc : sa reconnaissance
4. Jeanne d'Arc : symbole du patriotisme populaire
Antoine Chimel & Wikipedia
12:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
je crois que la pucelle de lorraine est envoyee par le ciel pour sauver la france et que dieu la bennisse
Ecrit par : Arezki | 06.10.2009
Ecrire un commentaire