16.05.2009

Fêtons Jeanne d'Arc ! (Partie IV)

Jeanne%2Bd%27Arc%2Bpar%2BIngres.jpg3. Jeanne : son époque et après

3.1.Enjeux et problèmes de son époque

3.1.1. Jeanne et ses contemporains

Jeanne d'Arc a été très populaire de son vivant, la chevauchée vers Reims la fait connaître également à l'étranger. Elle commence à recevoir des courriers sur des questionnements théologiques venant de nombreuses contrées. On lui demande son avis sur lequel des papes, alors en concurrence, est le vrai. Jeanne se rapproche des ordres mendiants. Elle est l'une des nombreux prédicateurs en cette époque se disant directement envoyés de Dieu. Même si l'objet principal de sa mission est la restauration du trône de France, la Pucelle prend parti de fait sur le plan théologique et fait débat. Les conflits d'intérêts autour d'elle dépassent la rivalité politique entre les Anglais et les partisans du dauphin.
Ainsi l'Université de Paris - « remplie des créatures du roi d'Angleterre » - ne la voit pas d'un bon œil, à l'opposé des théologiens de Poitiers, composés d'universitaires parisiens exilés par les Anglais. La soutiennent également l'archevêque d'Embrun, des évêques de Poitiers et de Maguelonne, Jean de Gerson (auparavant chancelier de l'Université de Paris), l'Inquisiteur général de Toulouse ou encore l'Inquisiteur Jean Dupuy qui ne voient comme enjeu que « la restitution du roi à son royaume et l'expulsion ou l'écrasement très juste d'ennemis très obstinés ».
Pour l'éminente autorité religieuse qu'était alors la Sorbonne, le comportement religieux de Jeanne dépasse l'enjeu de reconquête du royaume. Les docteurs en théologie de cette institution la considèrent comme une menace pour leur autorité, notamment à cause du soutien des rivaux de l'Université à Jeanne, et pour ce qu'elle représente dans les luttes d'influence à l'intérieur de l'Église.
Jeanne n'a pas eu non plus que des amis à la cour du dauphin ; quelques uns s'opposent régulièrement aux initiatives de la Pucelle.

3.1.2. Son rôle dans la Guerre de cent ans

Jeanne d'Arc n'a pas influé à elle seule sur la phase finale de la guerre, achevée en 1453, mais elle n'a pas été inexistante dans le rôle tactique et stratégique de sa campagne. Jean d'Orléans (le comte de Dunois) parle d'une personne douée d'un bon sens indéniable et tout à fait capable de placer aux points clés les pièces d'artillerie de l'époque. Les faits d'armes sont donc à porter à son crédit même si certaines batailles ont été réglées en partie par de curieux événements. Elle fut en outre un chef incontestablement charismatique.
Sur le plan géopolitique, le royaume de France, même privé de tout ce qui était situé au nord de la Loire, bénéficiait de ressources humaines et matérielles bien supérieures à celles de l'Angleterre, quatre fois moins peuplée. La stratégie de Charles V, qui misait sur le temps en évitant les combats et en assiégeant une par une les places fortes, a parfaitement montré les limites de l'invasion anglaise.
Seulement, avant l'intervention de Jeanne d'Arc, les Anglais bénéficiaient d'un avantage psychologique extrêmement important lié à plusieurs raisons :
- la réputation d'invincibilité de leurs troupes ;
- le traité de Troyes qui déshéritait le dauphin Charles et mettait en doute sa filiation à l'égard du roi Charles VI ;
- un état d'abattement et de résignation de la population ;
- l'alliance avec la Bourgogne.
L'avantage numérique du royaume de France pesait peu. Cette situation faisait qu'en 1429 la dynamique était anglaise.
Jeanne d'Arc a eu ce réel mérite d'inverser l'ascendant psychologique en faveur de la France, en remontant le moral des armées et des populations, en légitimant et sacrant le roi, et en battant les Anglais. Charles VII a eu, lui, l'initiative de se raccommoder avec les Bourguignons, étape indispensable pour la reconquête de Paris. Par contre, Jeanne n'a jamais porté les Bourguignons dans son cœur en raison de leur proximité avec son village de Domrémy et des heurts qu'il y avait pu avoir.

3.1.3. L’enjeu de sa virginité

En s'appelant ouvertement la Pucelle, Jeanne accréditait l'idée qu'elle était vraiment envoyée de Dieu, sa virginité symbolisant clairement la pureté de Jeanne, aussi bien physiquement que dans ses intentions religieuses et politiques. A partir de là, vérifier sa virginité était devenu un enjeu important, compte tenu de l'importance politique des projets de Jeanne : restaurer la légitimité du dauphin Charles et l'amener au sacre.
Par deux fois, la virginité de Jeanne a été constatée par des matrones, à Poitiers en mars 1429, mais aussi à Rouen le 13 janvier 1431. Pierre Cauchon (celui qui l’a fait brûler) avait ordonné ce deuxième examen pour trouver, en vain, un chef d'accusation contre elle.
Il est en revanche difficile de savoir ce qui s'est passé entre le jugement et le constat de « relapse », période où Jeanne a été durement maltraitée par ses geôliers, défigurée. Selon le frère Martin Ladvenu, un lord anglais aurait essayé de la forcer dans sa prison, en vain.

A suivre :
3.2.L’après Jeanne d’Arc : sa reconnaissance
4. Jeanne d'Arc : symbole du patriotisme populaire

Antoine Chimel & Wikipedia

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