24.05.2009

Souverainisme et républicanisme. Partie 3

412px-drapeau-francaisFrench_flag.pngSur l'échiquier des pensées politiques, tous les républicains ne sont pas souverainistes et tous les souverainistes ne sont pas républicains. Rappelons que le souverainisme - étant la défense de la liberté de décisions dans un certain cadre - n'est relié à un seul courant politique en particulier. On est souverainiste :
- par nationalisme n'étant éventuellement que la traduction politique d'un patriotisme populaire, ou bien s'inscrivant tout simplement dans le respect de l'ensemble des principes républicains ; hormis ces cas de figures, il existe diverses idéologies dites nationalistes et généralement contestables comme l'ethnocentrisme.
- par patriotisme populaire, amour simple pour son pays qu'on imagine toujours relativement non dépendant.
- par simple souci de démocratie, parce qu'elle est le pouvoir au peuple.

Par conséquent, les souverainistes ne sont pas à confondre dans tous les cas avec les républicains. Qui sont les souverainistes en France, de gauche à droite de l'échiquier politique classique ? Ce sont :
- les nationalistes révolutionnaires attachés aux identités nationales et à l'indépendance des nations.
- une partie des communistes authentiques ou socialistes marxistes concevant l'internationalisme ouvrier comme l'addition des nationalismes portés par la classe ouvrière de chaque peuple. Exemple de parti concerné : le Parti Ouvrier Indépendant,
- les socialistes authentiques (dont ceux qualifiés d'utopiques par les communistes) très attachés à l'exercice de la souveraineté par le Peuple puisque seul le pouvoir au Peuple permet selon eux de réaliser leur idéal social. Exemple de parti politique concerné :le Mouvement Républicain Citoyen de Jean-Pierre Chevènement, on retrouve aussi le POI initialement trotskyste uniquement mais regroupant des communistes, des socialistes authentiques et des trotskystes lambertistes.
- les radicaux républicains authentiques, la Gauche républicaine et une partie de la droite défendent l'idée de la Nation républicaine. Exemple de partis politiques concernés : à gauche l'Union des Radicaux Républicains, on retrouve aussi le MRC, à droite Debout la République (DLR) de Nicolas Dupont-Aignan.
- l'ensemble des gaullistes authentiques, portés par le constant désir d'indépendance nationale et respectueux de l'idée bonapartiste de la démocratie directe. Ils sont retrouvables essentiellement au MRC et à DLR.
- les nationaux-libéraux favorables à l'indépendance des nations mais aux idées économiques et sociales libérales. Exemple de parti politique : le Mouvement Pour la France, de Philippe de Villiers.
- les droites dites extrêmes, de types monarchiste ou maurassienne.

Républicains souverainistes

Pour les républicains souverainistes appelés généralement nationaux-républicains, l'État-nation constitue le cadre indépassable d'expression de la souveraineté populaire et d'intervention sociale. André Malraux disait : "J'ai longtemps subordonné la France à la justice sociale. à l'heure actuelle je subordonne la justice sociale à la Nation, parce que je pense que si l'on ne s'appuie pas sur la Nation, on ne fera pas de justice sociale, on ne fera que des discours". Ces républicains - puisant cet idéal dans les traditions de la Révolution française - sont des défenseurs intransigeants du principe démocratique de la République. Ils défendent, de là, la souveraineté du peuple français et de la nation française.

Pour moi, les expressions « républicain souverainiste » et « national-républicain » sont des pléonasmes. En effet, être républicain français c'est défendre l'intégralité des principes de la République française. Et celle-ci, en plus d'être une et indivisible, sociale et laïque, est démocratique. Ce qui pose le principe de souveraineté - ou les souverainetés, nationale et populaires, confuses en France depuis la Révolution. En conséquence de quoi, être républicain français c'est défendre la souveraineté nationale et populaire.

Rappelons que démocratie provient du grec demos kratos signifiant « le peuple qui gouverne ». Rien que ça nous fait comprendre que vouloir la démocratie, c'est une question de souveraineté, de liberté d'un peuple à disposer de lui.

Républicains non souverainistes : les postnationalistes * républicains

Une partie des postnationalistes français - et même étrangers - militent en faveur d'une République à l'échelle européenne, autrement dit d'un Etat fédéral européen avec quelques principes politiques attachés aux traditions universalistes républicaines. Mais ils sont peu nombreux. Généralement, les fédéralistes ont une vision abstraite - ou alors purement économique - de la nation européenne dont ils rêvent.

Souverainistes non républicains : le souverainisme européen des postnationalistes / le souverainisme des « vieilles » nations

Il existe de toute évidence des souverainistes non républicains. Citons les postnationalistes (souvent des libéraux) qui, contrairement aux postnationalistes républicains, n'ont pas encore une idée précise du régime qu'ils voudraient pour leur nation européenne.
Citons également les nationalistes à l'échelle des nations réelles (nationalistes français, italiens, etc.) et aux idéologies différentes de celles des républicains. Ils imaginent une nation souveraine mais avec un régime autre que républicain. Exemple classique : les monarchistes sont souverainistes mais ne souhaitent pas forcément une monarchie républicaine.

Remarque et conclusion

Le souverainiste Paul-Marie Couteaux, ancien RPR, ancien chevènementiste, est l'un des politiques majeurs qui défendent la souveraineté au-dessus du clivage gauche-droite. Ce qui fait qu'aux dernières élections législatives, Couteaux soutenait tous les candidats souverainistes, des chevènementistes à Marine Le Pen.

Je m'adresse, pour terminer, aux gaullistes, aux républicains, aux patriotes de toute sorte : doit-on défendre la nation républicaine sans aucune concession sur le contenu de notre idéal politique ou doit-on livrer un combat politique exclusivement dédié à la souveraineté nationale tant menacée de nos jours, en sachant s'allier à tous les souverainistes ? Le débat est ouvert. Certains pensent qu'il faut déjà rétablir la souveraineté, d'autres veillent à ce que la pensée républicaine et son aboutissement ne soient pas écartés du processus de reconquête de la souveraineté. Parce que cette pensée est bien entendu différente des idéologies internationalistes de gauche, des idéologies réactionnaires ou encore celles ségrégationnistes (idéologies rassemblées dans ce qu'on appelle en général l'extrême gauche et l'extrême droite).

* nous pouvons généralement confondre les mots « postnationalistes » et « fédéralistes ». Seulement, les postnationalistes sont les fédéralistes de niveau II m'amuserais-je à dire, les fédéralistes confirmés, ceux qui sont convaincus qu'il faut dépasser le cadre de l'Etat-nation traditionnel et même l'idée de fédération européenne des Etats afin de véritablement créer une nation européenne, un peuple européen (au passage, on ne crée pas de peuple, les peuples se réalisent seuls).

Antoine Chimel

Commentaires

Il est très rare que l'on parle du POI en le plaçant correctement. Ok pour votre analyse. Pour plus de précision le Parti ouvrier indépendant victime actuellement d'une censure importante reconnue par le csa qui ne peut rien faire, est bien pour l'union des peuple libres. Il est bien entendu républicain, contre l'union européenne qui impose à la France les dictats européens qui sont eux mêmes des violations des conditions d'une république, notamment en ce qui concerne les droits ouvriers. Communiste pas sur pour le POI, même si certains de ses courants s'en réclament.
Navajo

Ecrit par : navajo | 24.05.2009

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