09.06.2009

Analyse des dernières élections européennes

arton1465-0da71.jpgPoints forts de cette élection

La forte abstention, reflet de la non adhésion des peuples à ces institutions européennes

Difficile de se réjouir d'un taux d'abstention, je reconnais. Et pourtant...

Voici le taux de participation à chaque élection européenne, en France :
En 1979, le taux de participation aux élections européennes était de 61,99 %.
En 1984, le taux de participation aux élections européennes était de 58,98 %.
En 1989, le taux de participation aux élections européennes était de 58,41 %.
En 1994, le taux de participation aux élections européennes était de 56,67 %.
En 1999, le taux de participation aux élections européennes était de 49,51 %.
En 2004, le taux de participation aux élections européennes était de 45,47 %.
En 2009, le taux de participation aux élections européennes était de 43,39 %.

Autrement dit, les Français ne se déplacent pas beaucoup pour ces élections. C'est le moins qu'on puisse dire. 6 Français sur 10 n'ont pas voté. Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement Républicain Citoyen, avait appelé à voter blanc lors de ces élections, puisque ce sont des élections pour un système que les vrais républicains et les vrais socialistes ne soutiennent pas, l'UE étant fédérale, antidémocratique et libre-échangiste néo-libérale.

En votant blanc ou nul (ou en ne votant pas) le peuple français - ainsi que tous les autres peuples européens - marquait son indifférence à l'égard de ce système. Les fédéralibéraux - encore toutefois vainqueurs de ces élections - ne pourront pas continuer longtemps à négliger ainsi la non adhésion des peuples européens à ce système politique qui ne règle pas leurs problèmes et asphyxie leurs souverainetés.

Ensuite, il y avait pourtant des nationaux à ces élections. Nous pouvons regretter que les Français votants ne se soient pas prononcés davantage en faveur de ces listes - surtout pour celles que je soutenais, celles de Debout La République, qui étaient les seules à proposer un vrai projet de réorientation des institutions européennes. Quand la crise est là, nous sommes pourtant bien contents que les Etats existent encore... afin d'établir des plans de relance à l'échelle des nations !

Le Front de Gauche devant l'extrême gauche

Olivier Besancenot n'a pas réussi à gagner son pari quant à terminer devant les socialo-communistes du Front de Gauche. En effet, ces derniers font un score de 6,8 % contre 5,2 % pour le Nouveau Parti Anticapitaliste. Si on ajoute les 1,2 % de Lutte Ouvrière, l'extrême gauche reste tout de même derrière le Front de Gauche. Tant mieux : Jean-Luc Mélenchon - chef de file du Parti de Gauche et figure majeure de ce Front - a dit un certain nombre de vérités sur le fonctionnement antidémocratique et pro-libéral de l'UE ; puis il vaut mieux des socialo-communistes gestionnaires que des révolutionnaires farouchement antinationaux et contestataires.

L'écrasement du Parti socialiste et du Modem

Le Parti socialiste et le Modem sont punis pour la même raison : tout miser sur l'antisarkozysme. Le Modem - logiquement le mouvement le plus fédéraliste de l'échiquier politique national - n'a pas donné aux citoyens français l'envie de son projet européen. En même temps, il reste proche du PS et de l'UMP. Quant au Parti socialiste, talonné par Europe-Ecologie dans les résultats, il n'en finit pas son hécatombe. Les écolos rêvent d'une chose : de remplacer le PS comme le PS a remplacé le Parti communiste sur le devant de la scène politique. Est-ce un tournant majeur de la vie politique française ? Est-ce la fin du socialisme - ou plutôt de cette social-démocratie déconnectée d'un pragmatisme économique, social et politique ? En réponse à cela, comme le dit aujourd'hui Chevènement, « L'échec du PS, en France, reflète son incapacité persistante à faire la critique du tournant libéral et européiste qui depuis les années 80 l'a progressivement coupé des couches populaires. »

Points sombres de cette élection

Les idées nationales toujours en arrière plan

La crise économique a provoqué et provoquera - c'est un mal pour un bien - le retour des nations. Les plans de relance économique se sont faits à l'échelle des nations. Le premier repère géographique politique et institutionnel, c'est l'Etat. Une grande partie de citoyens n'en ont pas tout à fait conscience parce qu'on leur fait croire que, s'ils ne votent pas pour le trio fédéraliste UMP-PS-Modem (devrais-je aujourd'hui ajouter les écolos) alors ce sont des mauvais citoyens, anti-européens, fermés sur eux-mêmes et rabougris.

Pourtant, une autre Europe est possible ; en outre, la France et les autres pays européens ont besoin d'Europe. Le concept d'Europe des nations, ce n'est pas un concept anti-européen. Puisqu'il s'agit d'une Europe confédérale. Qu'importe pour les médias qui parlent de partis plus ou moins européen. Le Modem serait très européen, l'UMP un peu moins, etc. Cela ne veut rien dire. Tous les partis sont pour une Europe.

Alors aujourd'hui, les idées nationales ne sont pas au premier plan ; elles ne le seront pas non plus au parlement européen, les groupes pour une confédération européenne sont minoritaires (mêms s'ils représentent quelques dizaines de députés). Les débats d'hier ont de toute façon coupé l'accès à ceux qu'on appelle les nonistes de 2005, pourtant vainqueurs en cette année-là.

Il faut espérer - et œuvrer pour - un sursaut républicain. Même pour un sursaut national ! Que le peuple, les peuples, défendent leurs souverainetés. Mais pour cela, encore faut-il qu'ils aient envie d'être eux-mêmes, de défendre leurs coutumes, leurs acquis sociaux, leur prospérité, leurs communes avec écoles et bureaux de postes, leur histoire, leur conscience propre...

Les vainqueurs UMP et les Verts : l'alliance libertaire libérale

Ces élections européennes ont été l'apogée - au moins le temps d'une élection - du courant libéral-libertaire, dévastateur. Même si le taux d'abstention est fort, ce n'est pas grave, le message est passé. Fini le temps des idéaux classiques (le socialisme ? le gaullisme ? démodés !). Les plus heureux ? Les droitistes de l'UMP qui voient leurs compères fédéralistes écolos talonner les sociaux-démocrates. Un ancien soixante-huitard libertaire aux écrits ambigüs dans un certain livre et reconverti dans l'écologie des bobos fédéraux fait sont beurre. Il était hier ce faux anti-impérialiste de la bourgeoisie révolutionnaire parisienne. Il est aujourd'hui l'étendard de l'écologie du dimanche, aux suffrages faits grâce à des personnes émues par le film Home qui continueront malgré tout à polluer comme les autres. La masocratie bat son plein - faisons-nous du mal en votant pour celui qui a permis la rupture avec l'épopée gaullienne même s'il se fiche de notre pouvoir d'achat ou de la précarité de nos emplois. Assurons en même temps la majorité à ces droitistes qui prendront bien soin de ces spécialistes de la révolution écologique au sacrifice des identités nationales, des services sociaux nationaux. Il y a eu la révolution bolchévique. Il y aura la révolution écologique ? Si oui, ils auront le coup de pouce des droitistes afin d'achever ces misérables sociaux-démocrates. L'union des libéraux antinationaux pseudo-sociaux et des libertaires-libéraux n'est pas totalement subliminale. Demain, ils voteront les mêmes choses dans ce parlement européen fantôme.

Antoine Chimel

Ecrire un commentaire