02.07.2009
Michel Clouscard est décédé en début d'année
Michel Clouscard était un penseur politique socialiste français. Il était notamment sociologue et philosophe. Et il est le premièr critique de l'idéologie capitaliste actuelle qu'on connaît sous le nom de libéralisme-libertaire (expression inventée par lui aussi).
Opposant au capitalisme, critique envers l'expérience soviétique, son œuvre se rattache à la pensée de Rousseau, Hegel et Marx dont il montre les liens et l'unité. Développant une recherche philosophique autour de l'idée de contrat social, Michel Clouscard a postulé que « le principe constitutif de toute société est la mise en relation de la production et de la consommation.
Il a écrit notamment à propos de...
L'inconscient
"Dans l’approche freudienne de la personnalité humaine, l’Inconscient est un concept dynamique de construction de la personnalité à partir du refoulement et de sa structuration sur l’interdit de l’inceste. C’est donc un principe de base de la « psychologie des profondeurs » que Freud établit. Mais cet Inconscient psychologique masque un autre Inconscient : la praxis, la nécessité de produire pour consommer. L’inconscient de la praxis surdétermine toute l’approche contemporaine de la vie sociale et individuelle du libéralisme libertaire. "
Le libéralisme libertaire
"Le concept de libéralisme libertaire synthétise les caractéristiques actuelles du capitalisme libéral, ultra-libéral des sociétés de type occidental : une forme politique s’inscrivant dans la tradition libérale classique de la démocratie, une puissante répression qui sévit sur le travail en même temps que le libéralisme économique crée un marché mondial hyper-concurrentiel. Enfin une consommation puissamment orchestrée comme « marché du désir » rendant licite toute marchandise y compris fantasmatique.
Le libéralisme libertaire peut ainsi jouer l’exploitation sur les deux tableaux et créer un double profit : au niveau du travail et de la production, mais aussi au niveau de la consommation et de la subjectivité soumise à une auto-exploitation paradoxale."
Permissif et répressif
"Ce sont les deux pôles symétriques de l’économie politique du libéralisme libertaire, qui constituent une double dynamique : essor de la permissivité pour créer le marché du désir et répression sur le travail et la production. L’engendrement réciproque du permissif et du répressif est la condition même de développement du populo-fascisme. Une morale et une éthique citoyenne doivent promouvoir l’unité du « fais ce que voudras » et de la règle et valoriser l’interdit comme lieu de construction de la personne."
Narcisse et Vulcain
"Les deux grandes figures mythologiques que sont Narcisse et Vulcain permettent de figurer la dualité constitutive de l’humain et les fondamentaux de l’économie : Narcisse, figure de l’amour de la beauté de son image et de son plaisir, figure de la consommation. Vulcain, dieu de la forge et du travail, figure de la production. La consommation et la production sont les deux pôles de l’économie politique du libéralisme : le frivole et le sérieux. *
Narcisse et Vulcain figurent le partage originel de l’homme. A moi le plaire, à toi le faire. C’est le cogito de l’être social : je suis mon image et/ou je suis ce que je fais. Contradiction originelle qui sera le fondement de la lutte des classes : d’un côté le pouvoir narcissique, de l’autre l’éthique de la praxis.
Une refondation progressiste doit établir le droit au bonheur sur la relation dialectique de Narcisse et de Vulcain qui sont les créateurs du corps, de sa dualité constitutive, deux démarches conquérantes. Vulcain fait du corps un outil, Narcisse en fait une image. Pour Narcisse, le corps est le moyen de séduire, pour Vulcain, le moyen du travail. La constitution d’une éthique de la praxis nécessite de mettre à jour les causes et les raisons anthropologiques et économiques de cette dualité. Le sport est le lieu de synthèse de ces deux principes anthropologiques.
* Le frivole et le sérieux sont les déclinaisons de la consommation et de la production dans l’économie politique du libéralisme libertaire. La mise en relation du frivole et du sérieux dans le libéralisme libertaire correspond à un nouvel espace social – le mondain – et à une combinatoire des nouvelles couches moyennes."
Le sport
"La haine et le mépris du sport caractérisent le libéralisme libertaire. C’est que les tenants du sport ne peuvent opposer à la statue de Praxitèle, le plus grand sculpteur de l’Antiquité, que la toile blanche de « Machin ». L’esthétisme mondain est inexistant face au sport qui est l’esthétique de la praxis. Le corps du sportif n’est-il pas aussi le corps du « sujet transcendantal », ou sujet de la connaissance ? Pour apprendre et connaître, ne faut-il pas tenir à distance l’esthétisme de Narcisse – le corps pour séduire – et savoir se distancier du corps-outil ?"
Le marché du désir
"C’est l’engendrement réciproque de l’économie de marché – orientée vers la satisfaction des besoins - et du désir, une création du libéralisme libertaire qui redynamise l’économie du profit :
- le fantasme devient marchandise licite ;
- le « produit » est élaboré par de nouveaux métiers ;
- un apprentissage quotidien de masse « forme » la clientèle potentielle, en particulier avec le nouveau marché des jeunes et des femmes."
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