19.07.2009
TF1, France 5, France 2, chacun se lève pour Sarkozy!
Le président a renoncé à la traditionnelle interview du 14 juillet. Pas les chaînes de télévision qui rivalisent d'audace en ces jours de fête nationale pour saluer l'action du président de la République. France 5 a déjà diffusé un documentaire ultra-complaisant sur sa politique étrangère, TF1 a réalisé une interview magique de Carla Bruni et un entretien avec le féroce Michel Drucker a suivi sur France 2.
Chacun son domaine réservé. Après l'excellent travail de cirage de pompes présidentielles effectué par le service public, France 5 en l'occurrence, qui lundi soir proposait une émission-portrait en forme de prise de dimension historique sur fond de politique étrangère, TF1 se devait de montrer, en ces temps difficiles de quoi elle était capable.
Pour ce faire, en ce 14 juillet la chaîne leader a sorti l'artillerie lourde, à savoir notre Jean-Claude Narcy national. A lui seul, JCN, que la chaîne ne sort que pour les grandes occasions a de quoi donner du fil à retordre aux Malard et Vaillot, les deux cerveaux aux commandes de la propagande de France 5.
C'est que le responsable des opérations spéciales de la Une a ses entrées à l'Elysée et entend bien le faire savoir. Ayant obtenu une visite privée des bureaux de l'Elysée et une interview exclusive -une de plus...- de la dixit « first lady », il remercie d'emblée « son ami Pierre Charon ». C'est bien le moins entre gens bien élevés. Conseiller de Nicolas Sarkozy et de Carla, Pierre Charon est le trait d'union de Sarko avec les milieux du showbiz et des médias et toutes les demandes d'interview de Carla passent par lui.
«Je vous appelle Jean-Claude ? »
Hormis quelques soucis techniques, la première partie du reportage de JCN embedded à l'Elysée se passe sans encombres. Claude Guéant prend les choses en main, emmène son hôte dans son bureau. Questions rituelles de JCN: « Vous avez beaucoup de téléphones, lequel est celui qui vous relie directement au président ? »
- « On dit que c'est vous êtes le véritable premier ministre bis? ».
- « Envisagez-vous de vous lancer en politique comme l'a fait Dominique de Villepin? ». La réponse est négative et la seule évocation de Villepin fait tiquer le secrétaire général de l'Elysée. Ok. Passons dans le « saint des saints », le bureau du président. C'est grand, c'est beau. On apprend qu'il n'y a plus de boites de chocolats, Nicolas Sarkozy n'en mangerait plus. Mais Narcy est pressé, l'homme a une mission à accomplir: servir la soupe à la première Dame qui l'attend dans son bureau.
Encore quelques soucis techniques, JCN et Carla ne savent pas qu'ils sont à l'antenne; « Je vous appelle Jean-Claude ? » questionne Carla, candide, avant de lâcher: « C'est beau la lumière, on a de la chance avec le temps ». Suit un magnifique sifflement. Point de fioritures ici, encore moins de relations internationales. TF1 est sur son terrain de prédilection: la peopolitique.
Une salve de publireportages à la gloire du président
Arrive donc « la cerise sur le gâteau » comme le qualifiera quelques minutes tard Jean-Pierre Pernaut, l'entretien avec Carla. Un grand moment de télévision. On apprend entre autres que Carla Bruni, qui minaude à peine, a appris La Marseillaise toute seule, comme une grande, qu'elle peut avoir le président directement au téléphone - « Non ! avec ce grand téléphone là ?! » lâche Narcy, ébahi-. Un téléphone tellement simple d'utilisation « qu'il suffit de décrocher » répond Carla. Dingue ! Côté travail, Carla ne chante pas, et ne joue pas de guitare à l'Elysée. Trop de travail justement. Dans le détail, on ne saura pas.
La première Dame emmène le responsable des opérations spéciales de TF1 dans ses jardins privés. Evoquant la personnalité du président, une véritable complicité s'installe entre Jean-Claude et Carla. Le premier finit sans hésiter les phrases de son interlocutrice, comme un dialogue écrit à l'avance:
- « Il parcourt le monde en permanence, on dit de lui que c'est un homme un peu pressé. Est-ce que vous le calmez? »
- « On se calme mutuellement. Le bonheur est quelque chose qui apaise. Ce n'est pas un homme pressé, il est habité par une obsession qui est de servir notre pays et d'aller au bout de ses promesses ». JCN qui boit les paroles de la première en aurait bien repris un peu mais déjà il faut se quitter.
Carla tient quand même à revenir sur « le magnifique, vraiment magnifique défilé militaire que nous avons eus». Tel Sun Tzu, la voici philosophant sur l'art de la guerre: « C'est magnifique que tous ces hommes, toutes ces armes, tous ces avions, soient au service de la paix car désormais l'armée nous protège de la guerre ». Narcy acquiesce: « c'est sur cette réflexion sur l'armée et sur votre sourire que nous allons nous quitter ».
Un entretien que Jean-Pierre Pernaut qualifiera avec la retenue qu'on lui connaît d'« assez magique ». Le président n'en demandait pas tant. Pour sûr qu'en matière de communication, l'exercice sarkozyste relève de la prestidigitation. Un entretien sur les armées françaises - mais aussi le vélo- mené par le féroce et grand spécialiste des questions de défense Michel Drucker avait encore lieu mardi soir sur France 2 dans le cadre d'une émission quasiment co-réalisée avec l'armée de terre. Outre une interview du Président, les télespectateurs ont pu découvrir la visite de Liane Folly au Cenzub (Centre d'entrainement des unités urbaines), l'arrivée de Guy Marchand en parachute, le reportage de Bixente Lizarazu au sein des forces spéciales, celui de Gérard Darmon en Afghanistan, Michel Drucker au centre de planification et de conduite des opérations. Enfin, le raid d'Arielle Dombasle au Tchad. On ne rit pas...
Le président a renoncé au traditionnel entretien du 14 juillet. En quelques jours, c'est une véritable salve de documentaires hagiographiques, interviews complaisantes, publi-reportages sarkozystes mis en scène par une Audiovisuelle au garde à vous qui s'est abattue sur nos écrans télés. De quoi redonner du baume au coeur du chef de l'Etat avant de prendre ses quartiers d'été.
Marianne2.fr - 15 Juillet 2009
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18.07.2009
La nation, les nationalismes (partie 1)
Origines du mot nation, et évolution de son emploi
Ecrite ainsi, la nascion désigne en 1175 un ensemble d'êtres humains caractérisés par une origine, une langue, une culture commune. La Sorbonne, au XIVème siècle, est divisée en quatre nascions : française, normande, picarde et germaine. En 1662, nous respectâmes le souhait du Cardinal de Mazarin lorsque, dans son testament, il évoqua la création du Collège des Quatre Nations, les nations désignant toujours ici ce qui précède.
Ajoutons à cela qu'au XVIIIème siècle, la communauté juive du royaume de France s'affirme comme nation. Quant à des gens comme Mirabeau ou Robespierre, ils rédigent à l'aube de la Révolution de 1789 des appels à la nation provençale ou encore à la nation artésienne. Il n'y a donc pas de nation française - au sens politique - avant la Révolution.
Pourtant, il existe bien, avant cela, une France... une France et son royaume donc une France et sa souveraineté, un Etat-nation français, et avec cela, le sentiment naturel d'appartenance à une nation - au sens de peuple. Parce que la définition du mot « nascion » citée plus haut n'intègre pas de caractère politique. S'ajoute donc un deuxième sens au mot nation - le premier étant conservé et rapproché à la notion de peuple. Ce deuxième sens est rapproché à la notion d'Etat-nation c'est-à-dire une nation (un peuple) devenu souveraine et possédant son pouvoir sur un territoire limité.
Ainsi, si nous confondons l'Etat à la nation, la nation française existe depuis bien longtemps, bien avant la révolution. Sinon, elle n'existe que depuis la naissance de la République française.
Origines du mot France et évolution de son emploi
France vient du mot latin Francia. Ce nom tire son origine dans le nom d'un peuple germain : les Francs. Ce peuple est composé essentiellement de guerriers - leur représentant (le roi des Francs) étant d'ailleurs avant tout un chef de guerre. Pour un Franc, être franc c'est être un homme libre. Et être libre, c'est faire la guerre.
Les Francs dominent une région de l'Europe du nord (vers la Belgique flamande actuelle) qu'ils appellent Frankon. C'est au IIIème siècle que le nom Francia apparaît, désignant toujours cette région d'Europe et employé par les Romains qui utilisent les Francs comme mercenaires dans leur armée.
Ce n'est qu'en 1204 que Francia désigne enfin le royaume des Francs comme territoire souverain. Nous pouvons alors parler de nation, dans le sens de peuple, des Francs.
La nation France, comme réalité politique
Au XVIème siècle, on évoque à nouveau, depuis la chute de l'Empire romain, l'idée de chose publique, de res publica. On définit par ailleurs la nationalité française.
Si nous ne souhaitons parler d'Etat qu'à partir de l'existence réelle d'un Etat centraliste afin de forger l'étatisme, il faut attendre encore. Car jusqu'au milieu de ce siècle-là, le roi est un nomade et se déplace régulièrement avec toute son administration.
Au début du siècle suivant, la politique étrangère de la France n'est plus faite de guerres exclusivement. Pour faire mener ses conflits par d'autres pays, le Cardinal de Richelieu fait ce qu'on appellera de la diplomatie.
La Révolution française va officiellement constituer la France comme nation politique, comme Etat-nation. Le peuple français incarne ainsi la communauté nationale. C'est donc la véritable naissance de la nation française, au sens théorique ! Les guerres napoléoniennes, et surtout les grandes guerres de 1870, 1914 et 1939 vont forger ensuite le sentiment national qui habite les Français. Le ressenti de l'existence de la nation française se fait plus grand. Car elle va refléter une histoire commune, aux acteurs attachés à des terres, une culture, une langue françaises !
Antoine Chimel & Wikipedia
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16.07.2009
La diversité selon Eric Zemmour
12:14 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.07.2009
A la france éternelle !
A patrie, je fais rimer mélancolie
Comme si la France, c'était une terre et ses pluies
Tombant sur elle, recouvrant ses parfums
Enrobant ses reliefs
Parce ce que la France a perdu l'habitude
Telle une femme incomprise
Qu'on s'arrête à son niveau
Qu'on lui apporte des fleurs
Un message du coeur ?
Assurément , parce qu'elle peut me compter
Parmi les siens qui la chantent et la fêtent
Aujourd'hui justement, quelle fête !
Celle de son éclosion démocratique
Peu de bleu-blanc-rouge dans les rues
Car bien de ses fils ne s'émeuvent plus
Seulement, la France éternelle
A ses chevaliers fidèles.
Antoine Chimel - ce 14 Juillet
10:10 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11.07.2009
Le double discours permanent
Nous voilà réunis à nouveau à l'Assemblée Nationale pour examiner une proposition de loi sur le travail dominical.
Après avoir reculé, faute de majorité, le Président de la République, par l'intermédiaire d'une proposition de loi d'un Député, Richard Mallié, contourne l'obstacle en complexifiant à outrance le dispositif de manière à endormir les opposants.
Mais personne n'est dupe de cette proposition qui, par l'intermédiaire des zones touristiques, va généraliser le travail le dimanche sans même offrir les compensations habituelles à tous les salariés. Seuls ceux travaillant le dimanche dans les périmètres d'usage de consommation exceptionnels autorisés dans les zones urbaines de plus d 'un million d'habitants, bénéficieront d'un double salaire, à défaut d'accord entre partenaires sociaux.
Ainsi, comble de l'absurde, le statut du salarié ne sera pas le même selon que ce dernier travaille dans une zone touristique ou un « périmètre d'usage de consommation exceptionnel » (PUCE).
Pire encore, la définition des zones touristiques est confuse, le nombre de communes concernées variant de 500 à 6000, et abritant ainsi jusqu'à la moitié de la population française.
A partir du moment où l'on autorise le travail le dimanche sur une si large échelle, il va de soi que ce système ne tiendra pas longtemps car beaucoup de commerçants, pour lutter à armes égales, seront obligés de demander une autorisation d'ouverture qui par ailleurs pénalisera leur management.
La manœuvre est habile. Faut-il que les parlementaires UMP soient bien naïfs ou bien cyniques pour prétendre avoir obtenu gain de cause ? L'affaire est d'autant plus grave que cette proposition de loi est issue d'un véritable caprice présidentiel, de surcroît totalement contradictoire avec le discours de Versailles censé promouvoir les acquis du modèle social et républicain français hérité du Conseil National de la Résistance.
Le double discours présidentiel atteint des niveaux qui frisent l'imposture. N'en déplaise aux postures inspirées par Henri Guaino , c'est bien la loi du fric maximum pour quelques uns qui balaye tout.
Car non seulement cette mesure va désorganiser la vie des familles, mais elle n'a aucun intérêt économique, la plupart des fédérations patronales y étant hostiles.
Il s'agit d'un vrai recul de civilisation.
Nicolas Dupont-Aignan, député-maire de l'Essonne et président de Debout La République
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08.07.2009
A vous chers internautes citoyens !
Chers internautes citoyens,
Je vous écris pour vous prévenir que je serai davantage absent ces prochains jours et que les nouveaux billets seront plus étirés dans le temps.
Ca m'embête un peu. Car un certain nombre d'entre vous êtes des fidèles lecteurs. Et je ne veux pas perdre avec vous cette trame d'informations et de partages.
Surtout que vous êtes fidèles car vous avez vu que j'abordais parfois des sujets un peu différents de ceux qu'on entend à la télé.
Pourquoi par exemple perdre ici son temps à parler de remaniement minesteriel français lorsqu'on sait que celui-ci ne changera pas grand chose sur le fond ? Nous savons que les gens en place - qu'ils viennent de droite ou, en raison de l'illusoire ouverture, de la soi-disant gauche socialiste - défendent en réalité une conception commune définie ainsi :
- le fédéralisme antidémocratique comme modèle politique européen, rejettant la voix des peuples, démantelant les souverainetés nationales.
- le libéralisme moins économique que philosophique (avec son action sociale par accoups sans réelle dimension politique sociale)
- le libertarisme qui, couplé au libéralisme, accouche d'une société individualiste sans valeurs et sans repères.
J'aime vous faire partager des réflexions, de gens d'horizons différents mais qui ont comme point commun la volonté de ne pas marchander la démocratie ou encore l'humanisme.
J'aime apporter des rappels historiques. J'essaie de montrer, à ma manière :
- comment le gaullisme est, pour la pensée politique et même philosophique, une boussole pour aujourd'hui et demain.
- comment nous pouvons faire glisser le modèle capitaliste déshumanisant qu'on connaît aujourd'hui sur un modèle inspiré de plusieurs courants, allant du socialisme associatif (typiquement français et organe du socialisme chrétien) à l'économie sociale ou encore au libéralisme originel, assurant une saine concurrence.
Et il est prévu que j'aborde les thèmes suivants - sauf que donc la fréquence des billets sera plus faible :
- (Histoire de France) l'histoire du mot "France" et de l'idée nationale française, du sentiment d'appartenance à la nation France.
- (Géopolitique) quelques documents sur le sionisme afin d'élucider pourquoi, dans les médias, nous en avons cette année reparlé beaucoup ; les documents choisis apportent une contradiction et non pas une réponse claire et nette sur la question "être pour ou contre le sionisme ?" puisque, selon moi, j'affirme sagement que la question n'a plus lieu d'être.
- (Gaullisme) Napoléon et de Gaulle ou le profil du monarque républicain ; même si je ne suis pas un fanatique de Napoléon, je retracerai les quelques similitudes que nous pouvons tisser, avec toute la prudence associée à la différence des époques vécues par ces deux personnages de l'Histoire de France,
- (Socialisme français) des fiches sur les figures de la pensée associationniste, qu'elles soient nationales (comme Pierre Leroux) ou européennes.
J'essaie d'obéir à une approche pragmatique du monde politique et de ses répercutions sociétales. Cette approche s'accompagne, certes, de quelques principes - que je qualifie de clés et justes - comme ceux du Général de Gaulle, la démocratie dans son sens d'origine, autrement dit la souveraineté populaire, ou mon attachement à la pensée républicaine française qui est la plus proche, d'après moi, des inspirations humaines, qui concrétise ce que j'appelle l'ordre juste. (L'exigence républicaine n'est pas le chemin de pensée le plus confortable philosophiquement parlant, puisqu'il intègre le progressisme social). Mon approche, enfin, se fabrique, il est vrai, à partir de mon amour pour la France, de sa géographie, de sa langue, de sa culture, de son patrimoine, de tout ce qui fait son exception.
Merci de me retrouver bientôt, et de m'avoir suivi jusque là.
Salutations républicaines.
Amitiés gaullistes.
Antoine Chimel
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03.07.2009
Un chômeur européen sur deux doit remercier le libre-échange

C'est l'estimation de Jacques Sapir. Selon l'économiste, l'impact sur l'emploi du libre-échange inégal représenterait au moins la moitié des 8,3% de chômage constatés avant la crise. Sans compter les 2 millions de nouveaux chômeurs constatés depuis le début de l'année, victimes directes d'une crise du libre-échangisme.
L'impact de la crise actuelle vient s'ajouter à la pression des délocalisations qui pèse sur l'industrie française depuis maintenant à peu près une dizaine d'années. L'évaluation précise du coût en emploi de cette pression, issue du libre-échange dans les conditions présentes, soulève plusieurs difficultés.
En effet, tout d'abord il faut savoir qu'un emploi dans l'industrie a un impact direct sur des emplois dans les services, ce qui est toujours vérifié lors de plans sociaux industriels importants. Mesurer l'impact des délocalisations uniquement sur les emplois industriels sous estime considérablement l'impact total sur l'emploi.
Ensuite, il faut prendre en compte le fait que dans le processus de délocalisation on doit compter trois effets distincts mais qui viennent se cumuler.
1) Les délocalisations directes
Il s'agit ici d'emplois déjà existants dans un pays et transférés dans un autre pays (en général par fermeture de l'usine dans le pays d'origine). On considère de manière générale que ces délocalisations ont affecté environ1,5% des emplois industriels en France soit à peu près 0,5% de la population active.
2) Les délocalisations indirectes
Il s'agit ici de la création délibérée d'emplois à l'étranger pour servir non pas le marché local mais pour la réexportation vers le pays d'origine. On est en présence de ce phénomène quand une grande entreprise conçoit un nouveau produit et en réalise l'industrialisation d'emblée dans un pays à faibles coûts salariaux et ce à but de ré-export. Cette pratique est devenue systématique dans l'industrie automobile depuis une dizaine d'année.
Il y a là un « manque à employer » plus qu'une destruction directe d'emploi, et on peut le chiffrer dans le cas de la France entre 250 000 et 400 000 emplois, suivant les hypothèses de productivité, soit entre 1% et 1,6% de la population active.
3) L'effet dépressif sur le marché intérieur
La menace des délocalisations et le chantage auquel se livrent les entreprises ont conduit à maintenir les salaires dans l'industrie à un niveau très faible et à exercer une pression croissante sur les salariés. La faiblesse des revenus tend à déprimer la consommation et donc la demande intérieure.
La pression sur les salariés, pour que les gains de productivité compensent les gains possibles en bas salaires, est une des causes principales du stress au travail et des maladies qui en sont induites. Faute d'une enquête épidémiologique systématique en France, le coût de ces maladies n'a pas été globalement estimé. Pour des pays comme la Suisse ou la Suède, où des enquêtes systématiques ont été réalisées, on arrive à 3% du PIB. En France, ceci signifierait près de 60 milliards d'Euros, qu'il faut comparer aux 15 milliards du déficit de la sécurité Sociale. Il est clair que si les gains salariaux avaient pu suivre ceux de la productivité, et si l'on avait pu économiser ne serait-ce que 1% du PIB en cotisations tant salariées que patronales, on aurait eu un impact très fort de ce surcroît de pouvoir d'achat sur la croissance. On peut alors estimer à 1% de la population active au minimum le gain en emploi (ou la réduction du chômage) que l'on aurait pu obtenir. Cependant, ce gain est global et ne concerne pas uniquement l'emploi industriel.
La combinaison des effets indique que la pression du libre-échange coûte environ 2% de la population active en emplois industriels perdus ou non créés. Ceci correspond probablement à une perte globale (avec l'effet multiplicateur habituel de l'emploi industriel sur l'emploi global) de 3% à 3,5% de la population active. À cela, il faut donc ajouter un minimum de 1% de la population active, perdu en raison de l'effet dépressif direct et indirect.
Alors qu'avant la crise le taux de chômage en France était de 8,3%, l'effet net du libre-échange représenterait ainsi au moins la moitié de ce taux (4% à 4,5% de la population active). Le libre-échange et l'impact des politiques prédatrices hors et dans l'UE n'est pas le seul facteur. La hausse de l'Euro est aussi un élément qui induit une perte d'emplois non négligeable.
Il faut de plus souligner l'aspect dynamique du chômage ou du retour à l'emploi
Un taux de chômage qui aurait été ramené à 4,3% signifie immédiatement un équilibre des comptes sociaux (voir un excédent pour certains d'entre eux). Non seulement le budget de l'État n'a plus à contribuer au financement des caisses mais les cotisations peuvent être réduites ou les prestations améliorées. Ceci signifie une injection supplémentaire de pouvoir d'achat (salaires et profits) se traduisant par une consommation et un investissement plus élevés, et donc un niveau d'activité nettement supérieur, qui tend aussi à faire reculer le chômage.
Compte tenu de l'effet dynamique d'une réduction du chômage par élimination des effets du libre-échange, un taux de chômage de 3% à 3,5% apparaît comme plausible, soit, par rapport à 2007 un gain de 4,8% à 5,3% de la population active. Le chômage aurait été entre 36% et 42% de ce qu'il a été. Inversement on peut donc affirmer que le coût total du libre-échange, en incluant les effets induits et dynamiques, a été d'accroître le taux de chômage de 138% à 177% suivant les hypothèses de gain de productivité et d'effet multiplicateur.
On doit ajouter que cette évaluation est sans doute un peu excessive car elle suppose implicitement que les emplois créés eussent pu être occupés aux niveaux de qualification nécessaires sans engendrer de poussée inflationniste. Une telle hypothèse suppose en réalité une politique de formation très agressive et très efficace, comme on a pu en voir dans des pays d'Europe du Nord mais pas en France. L'existence d'un probable biais inflationniste réduirait alors l'impact positif de l'effet dynamique de la réduction du chômage. Hors effet du libre-échange, le taux de chômage se serait sans doute stabilisé vers 4% - 4,5%, ce qui n'en aurait pas moins été un résultat bien meilleur à celui de l'évolution réelle.
Un autre élément dont on doit tenir compte, mais qu'il est difficile de simuler sauf à se livrer à un exercice très détaillé, est l'impact de ces créations d'emplois sur des bassins industriels régionaux. L'existence d'un impact régional dans les bassins traditionnels des industries ayant subies des effets de délocalisation est indiscutable, mais ne peut être discuté avec précision au niveau de généralité de la présente présentation.
Jacques Sapir - 29 Juin 2009 - Marianne2.fr
11:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.07.2009
Michel Clouscard est décédé en début d'année
Michel Clouscard était un penseur politique socialiste français. Il était notamment sociologue et philosophe. Et il est le premièr critique de l'idéologie capitaliste actuelle qu'on connaît sous le nom de libéralisme-libertaire (expression inventée par lui aussi).
Opposant au capitalisme, critique envers l'expérience soviétique, son œuvre se rattache à la pensée de Rousseau, Hegel et Marx dont il montre les liens et l'unité. Développant une recherche philosophique autour de l'idée de contrat social, Michel Clouscard a postulé que « le principe constitutif de toute société est la mise en relation de la production et de la consommation.
Il a écrit notamment à propos de...
L'inconscient
"Dans l’approche freudienne de la personnalité humaine, l’Inconscient est un concept dynamique de construction de la personnalité à partir du refoulement et de sa structuration sur l’interdit de l’inceste. C’est donc un principe de base de la « psychologie des profondeurs » que Freud établit. Mais cet Inconscient psychologique masque un autre Inconscient : la praxis, la nécessité de produire pour consommer. L’inconscient de la praxis surdétermine toute l’approche contemporaine de la vie sociale et individuelle du libéralisme libertaire. "
Le libéralisme libertaire
"Le concept de libéralisme libertaire synthétise les caractéristiques actuelles du capitalisme libéral, ultra-libéral des sociétés de type occidental : une forme politique s’inscrivant dans la tradition libérale classique de la démocratie, une puissante répression qui sévit sur le travail en même temps que le libéralisme économique crée un marché mondial hyper-concurrentiel. Enfin une consommation puissamment orchestrée comme « marché du désir » rendant licite toute marchandise y compris fantasmatique.
Le libéralisme libertaire peut ainsi jouer l’exploitation sur les deux tableaux et créer un double profit : au niveau du travail et de la production, mais aussi au niveau de la consommation et de la subjectivité soumise à une auto-exploitation paradoxale."
Permissif et répressif
"Ce sont les deux pôles symétriques de l’économie politique du libéralisme libertaire, qui constituent une double dynamique : essor de la permissivité pour créer le marché du désir et répression sur le travail et la production. L’engendrement réciproque du permissif et du répressif est la condition même de développement du populo-fascisme. Une morale et une éthique citoyenne doivent promouvoir l’unité du « fais ce que voudras » et de la règle et valoriser l’interdit comme lieu de construction de la personne."
Narcisse et Vulcain
"Les deux grandes figures mythologiques que sont Narcisse et Vulcain permettent de figurer la dualité constitutive de l’humain et les fondamentaux de l’économie : Narcisse, figure de l’amour de la beauté de son image et de son plaisir, figure de la consommation. Vulcain, dieu de la forge et du travail, figure de la production. La consommation et la production sont les deux pôles de l’économie politique du libéralisme : le frivole et le sérieux. *
Narcisse et Vulcain figurent le partage originel de l’homme. A moi le plaire, à toi le faire. C’est le cogito de l’être social : je suis mon image et/ou je suis ce que je fais. Contradiction originelle qui sera le fondement de la lutte des classes : d’un côté le pouvoir narcissique, de l’autre l’éthique de la praxis.
Une refondation progressiste doit établir le droit au bonheur sur la relation dialectique de Narcisse et de Vulcain qui sont les créateurs du corps, de sa dualité constitutive, deux démarches conquérantes. Vulcain fait du corps un outil, Narcisse en fait une image. Pour Narcisse, le corps est le moyen de séduire, pour Vulcain, le moyen du travail. La constitution d’une éthique de la praxis nécessite de mettre à jour les causes et les raisons anthropologiques et économiques de cette dualité. Le sport est le lieu de synthèse de ces deux principes anthropologiques.
* Le frivole et le sérieux sont les déclinaisons de la consommation et de la production dans l’économie politique du libéralisme libertaire. La mise en relation du frivole et du sérieux dans le libéralisme libertaire correspond à un nouvel espace social – le mondain – et à une combinatoire des nouvelles couches moyennes."
Le sport
"La haine et le mépris du sport caractérisent le libéralisme libertaire. C’est que les tenants du sport ne peuvent opposer à la statue de Praxitèle, le plus grand sculpteur de l’Antiquité, que la toile blanche de « Machin ». L’esthétisme mondain est inexistant face au sport qui est l’esthétique de la praxis. Le corps du sportif n’est-il pas aussi le corps du « sujet transcendantal », ou sujet de la connaissance ? Pour apprendre et connaître, ne faut-il pas tenir à distance l’esthétisme de Narcisse – le corps pour séduire – et savoir se distancier du corps-outil ?"
Le marché du désir
"C’est l’engendrement réciproque de l’économie de marché – orientée vers la satisfaction des besoins - et du désir, une création du libéralisme libertaire qui redynamise l’économie du profit :
- le fantasme devient marchandise licite ;
- le « produit » est élaboré par de nouveaux métiers ;
- un apprentissage quotidien de masse « forme » la clientèle potentielle, en particulier avec le nouveau marché des jeunes et des femmes."
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