24.09.2009
La gauche est morte, vive la pensée critique !
Elie Arié tire un bien triste constat sur l'état de la gauche. Agonisante voire trépassée, elle a besoin d'être repensée.
"Je pense que la gauche est aujourd'hui morte en France et en Europe, partagée entre :
- ceux qui (en France : LO, NPA, PG, PC), restés enfermés dans le monde disparu d'avant la mondialisation, ne cessent de nous annoncer le Grand Soir qui s'éloigne de plus en plus, le prochain Mai 68 qui se fait attendre depuis 40 ans , la « prochaine rentrée qui sera chaude » et qui est chaque année plus tiède, « la grande journée de grève générale » ou « la grande manif » auxquelles participent, chaque fois moins de salariés, et, paraphrasant Napoléon III et Ferdinand Lop, l'extinction définitive du capitalisme après 20 heures du soir,
- et ceux qui (en France : PS et ses micro-satellites), ayant raté l'analyse de la mondialisation qui est un fait encore partielle mais sans doute irréversible, s'y sont résignés et n'arrivent (malgré une profusion inédite d'ateliers, de tables rondes, de colloques, témoins de leur impuissance conceptuelle) ni à élaborer un programme qui soit autre chose qu'un inventaire de gadgets à la Prévert, ni à trouver un moyen de se différencier concrètement de la droite : finalement, entre ceux qui se rallient à Sarkozy et ceux qui veulent s'allier à Bayrou, je vois mal la différence.
Tout ce que l'on peut faire, aujourd'hui, ce sont des discours comme celui de Chevènement à Toulouse en espérant qu'ils fassent leur chemin dans certains esprits.
Mais s'il devait y avoir un changement, je ne pense pas qu'il puisse venir, en France, des politiques ; je ne crois pas plus à la possibilité réelle d'une refondation républicaine de la gauche qu'à celle de la moralisation du capitalisme prônée par Sarkozy - qui seraient pourtant toutes deux bien utiles.
Les changements, aujourd'hui, ne peuvent venir que de ruptures que les politiques n'ont plus les moyens de provoquer, et qui, d'ailleurs, ne les prévoient jamais (comme l'actuelle crise économique mondiale); des changements et des ruptures auront certainement lieu, nous ignorons en quoi ils consisteront, mais nous pouvons avoir une certitude : personne n'en aura prévu ni la nature ni la date, ils surprendront tout le monde (y inclus nos prévisionnistes patentés comme Jacques Attali...), et ils seront inédits dans l'Histoire. Parce que la globalisation de l'économie est une situation trop récente pour que nous comprenions encore toutes ses données et toutes ses évolutions possibles.
L'heure n'est plus ni pas encore aux politiques, l'heure est aux analystes et aux théoriciens. Aspirants à la succession de Karl Marx, il y a une place à prendre dans les futurs dictionnaires des penseurs illustres : à vos claviers !"
Elie Arié, cardiologue et secrétaire national à la santé, du Mouvement Républicain et Citoyen
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