27.09.2009

Dominique de Villepin pour Villepincom, thème : Justice

Vidéo de Dominique de Villepin datant du 25 Septembre 2009 donc après le premier jour du procès Clearstream.


26.09.2009

Et Nicolas Sarkozy dérapa

23_9_09-olivier-metzner.1253743218.jpgLa phrase est aussitôt transmise à Me Olivier Metzner, l’avocat de Dominique de Villepin, qui interrompt l’audience et lit la déclaration. Au mot “coupable”, l’avocat de M. Sarkozy, Me Thierry Herzog, marque le coup. La salle entière est suspendue à la suite des propos de Me Metzner.

Il poursuit: “C’est cela le respect de votre tribunal ? de votre parquet ? C’est cela qu’un président de la République donne comme spectacle à la France de la justice? La présomption d’innocence est un droit fondamental. Et le président de la République la bafoue en direct devant des millions de Français ! On a déjà voulu pendre Dominique de Villepin à des “crocs”. Maintenant, on le dit déjà coupable !”.

Me Herzog n’en croit pas ses oreilles, et cherche à tout prix à vérifier les propos, pendu au téléphone. Il hésite à réagir, puis s’abstient. Quand il revient dans la salle d’audience, il a la mine sombre.

Dehors, Me Metzner annonce aux caméras qu’il va déposer plainte contre Nicolas Sarkozy pour atteinte à la présomption d’innocence.

Chroniques judiciaires - 23 septembre 2009

24.09.2009

La gauche est morte, vive la pensée critique !

arton4028.jpgElie Arié tire un bien triste constat sur l'état de la gauche. Agonisante voire trépassée, elle a besoin d'être repensée.

"Je pense que la gauche est aujourd'hui morte en France et en Europe, partagée entre :
- ceux qui (en France : LO, NPA, PG, PC), restés enfermés dans le monde disparu d'avant la mondialisation, ne cessent de nous annoncer le Grand Soir qui s'éloigne de plus en plus, le prochain Mai 68 qui se fait attendre depuis 40 ans , la « prochaine rentrée qui sera chaude » et qui est chaque année plus tiède, « la grande journée de grève générale » ou « la grande manif » auxquelles participent, chaque fois moins de salariés, et, paraphrasant Napoléon III et Ferdinand Lop, l'extinction définitive du capitalisme après 20 heures du soir,
- et ceux qui (en France : PS et ses micro-satellites), ayant raté l'analyse de la mondialisation qui est un fait encore partielle mais sans doute irréversible, s'y sont résignés et n'arrivent (malgré une profusion inédite d'ateliers, de tables rondes, de colloques, témoins de leur impuissance conceptuelle) ni à élaborer un programme qui soit autre chose qu'un inventaire de gadgets à la Prévert, ni à trouver un moyen de se différencier concrètement de la droite : finalement, entre ceux qui se rallient à Sarkozy et ceux qui veulent s'allier à Bayrou, je vois mal la différence.

Tout ce que l'on peut faire, aujourd'hui, ce sont des discours comme celui de Chevènement à Toulouse en espérant qu'ils fassent leur chemin dans certains esprits.

Mais s'il devait y avoir un changement, je ne pense pas qu'il puisse venir, en France, des politiques ; je ne crois pas plus à la possibilité réelle d'une refondation républicaine de la gauche qu'à celle de la moralisation du capitalisme prônée par Sarkozy - qui seraient pourtant toutes deux bien utiles.

Les changements, aujourd'hui, ne peuvent venir que de ruptures que les politiques n'ont plus les moyens de provoquer, et qui, d'ailleurs, ne les prévoient jamais (comme l'actuelle crise économique mondiale); des changements et des ruptures auront certainement lieu, nous ignorons en quoi ils consisteront, mais nous pouvons avoir une certitude : personne n'en aura prévu ni la nature ni la date, ils surprendront tout le monde (y inclus nos prévisionnistes patentés comme Jacques Attali...), et ils seront inédits dans l'Histoire. Parce que la globalisation de l'économie est une situation trop récente pour que nous comprenions encore toutes ses données et toutes ses évolutions possibles.

L'heure n'est plus ni pas encore aux politiques, l'heure est aux analystes et aux théoriciens. Aspirants à la succession de Karl Marx, il y a une place à prendre dans les futurs dictionnaires des penseurs illustres : à vos claviers !"

Elie Arié, cardiologue et secrétaire national à la santé, du Mouvement Républicain et Citoyen

20.09.2009

Pendant ce temps, l'Irlande s'apprête à voter... à nouveau !

irlande.gifN'oublions pas, malgré le silence des medias et des politiques, que, dans quelques semaines, le sort des Européens sera définitivement joué si les Irlandais disent enfin oui au Traité de Lisbonne !
Il faut lire l'excellent article paru sur Action Républicaine et celui d'Ellie Arie sur Marianne2. Ils disent tout. On a peur, et on a raison d'avoir peur, parce qu'"on" a bien acheté le vote des Irlandais et "on" leur a bien fait peur avec la crise, leur faisant croire que Lisbonne les mettrait à l'abri... Quel triste paradoxe ! Quelle manipulation, quand on sait que c'est avec Maastricht et le monétarisme, les finances devenues objectif et moyen, que la crise a commencé et que Lisbonne grave dans le marbre ces principes destructeurs !
Qui se soucie que les agriculteurs français, pour ne parler que d'eux, soient les dindons de la farce bruxelloise ? Qui dit que l'Europe des 27 c'est leur mort ? Qui dit que la Roumanie a autant d'agriculteurs que l'Europe tout entière ? Qui dit que les objectifs de l'Europe c'est la compétitivité et donc le jeu du "le gros mangera le petit" ? Qui dit que le résultat, ce n'est pas d'amener les Roumains à vendre au prix du marché français mais de faire baisser tous les prix pour rejoindre ceux du marché roumain ? Qui dit que Bruxelles veut et va obtenir la disparition d'un tiers des producteurs de lait, qui travaillent à perte, puisqu'ils vendent actuellement la bouteille de lait 25 centimes d'euro alors qu'elle leur revient à 35 centimes ??? On comprend qu'ils se mettent en grève et qu'ils soient suivis par d'autres d'Allemagne, de Belgique et ailleurs !!!! Non seulement on comprend mais on espère qu'ils tiendront bon et obtiendront des modifications, indispensables d'ailleurs à notre autonomie et à notre sécurité alimentaire. 

En effet, il y a pire encore, qui dit que les agriculteurs dépendant à 70% pour leur approvisionnement en protéines de l'importation et étant en rupture d'approvisionnement, les Américains, encouragés par Bruxelles qui prétend qu'il n'y a pas d'autre solution, en profitent pour mélanger leur maïs OGM dont on ne veut pas à leurs tourteaux de soja... qu'ils nous vendent !!!!! Ou comment faire entrer les OGM par la petite porte...
Qui dit tout cela ? Peu de monde, en tout cas je remercie François Lucas, Conseiller général de Charente et responsable d'un syndicat d'agriculteurs d'être venu nous parler de tout cela à l'Université d'été de Debout La République.

A lire, également, sur le problème du lait, l'article de Michel Sorin, du MRC53.

Christine Tasin, Debout La République, 16 Septembre 2009

19.09.2009

Châteaubriand et la politique. Partie 2

chateaubriand.jpgDe la fin de 1816 à mars 1820, Chateaubriand participa  au premier rang, comme journaliste et orateur parlementaire, à l'offensive de la droite pour conquérir le pouvoir. Le célèbre article du Conservateur sur la morale des intérêts et la morale des devoirs, paru en décembre 1818, appartient à ce long  et dur combat qui dura un peu plus de trois ans et demi. L'assassinat du duc de Berry par Louvel, le 13 février 1820, ouvrit une crise qui permit aux hommes politique de la droite d'accéder au pouvoir. Dès novembre 1820, Chateaubriand fut nommé ambassadeur à Berlin où, cette fois, il se rendit effectivement. En mai 1821, son titre de ministre d'État lui fut rendu et son ascension se poursuivit assez rapidement grâce à la consolidation de la droite au pouvoir, non qu'il n'eût que des amis dans ce milieu politique et social, mais il était devenu «incontournable », comme on dit de nos jours. En janvier 1822, il devint ambassadeur à Londres, en août plénipotentiaire au congrès de Vérone, en décembre enfin ministre des affaires étrangères. Pendant toute l'année 1823, il dirigea la diplomatie française alors que l'armée, sous les ordres du duc d'Angoulême, pénétrait en Espagne pour rendre son trône à Ferdinand VII. La pleine réussite militaire et diplomatique de cette campagne, qui contrastait avec les échecs qu'avait subis Napoléon quelques années plus tôt, pouvait largement lui être imputée et joua un rôle certain dans le succès de la droite aux élections de février 1824. Chateaubriand commençait à rêver d'une grande politique étrangère dont il serait le concepteur et l'exécutant. Malheureusement, il entra en conflit avec Villèle, le président du conseil, pour des raisons assez futiles d'amour propre et parce qu'il refusa de soutenir au Parlement le chef du gouvernement engagé dans une politique difficile de conversion des rentes. En juin 1824, Villèle, ulcéré de ce manque de solidarité politique, obtint de Louis XVIII le renvoi de Chateaubriand du ministère, renvoi qui se fit sans compensation et dans des conditions humiliantes.

On pouvait comprendre l'attitude de Villèle, mais le renvoi brutal de Chateaubriand fut pour la droite une grave erreur qui l'affaiblit durablement. Chateaubriand devint, presque aussitôt, le centre de ralliement d'une contre-opposition royaliste qui au Parlement et dans la presse fit de plus en plus cause commune avec les libéraux. Il continuait certes d'afficher son loyalisme monarchique, assistant par exemple au premier rang, le 29 mai 1825, au sacre de Charles X à Reims, mais il dut se défendre contre les attaques haineuses des journaux ministériels et, face aux divers projets visant à limiter les critiques des journalistes contre le gouvernement, il devint le «paladin de la liberté de la presse », dont il donna une justification politique fortement argumentée. Dans les premiers mois de 1827, il participa au combat de la Chambre des pairs et de l'Académie française contre le projet de loi sur la presse présenté par le garde des sceaux, M. de Peyronnet. Il qualifia de «loi vandale », mot qui resta, ce texte que le ministre avait défini comme étant une «loi de justice et d'amour » et que le gouvernement dut finalement retirer. Chateaubriand s'est défendu avec énergie d'avoir alors mené contre ses anciens amis politiques un combat motivé essentiellement par le ressentiment et d'avoir ainsi divisé la droite. Percevant bien les évolutions de l'opinion publique, qui aspirait à partir de 1825 au développement des libertés et commençait d'oublier les traumatismes de la Révolution, il condamnait les orientations rétrogrades d'un ministère insensible aux vœux et aux besoins des nouvelles générations. Préfaçant en 1827 le recueil de ses articles intitulé Polémique, il tint à s'expliquer sur cette évolution de son attitude et de sa pensée : « Deux époques bien différentes divisent naturellement ces productions successives de neuf années. A la première époque, après les Cent Jours, je faisais l'éducation constitutionnelle des royalistes, je  combattais la faction buonapartiste, qui cherchait à réveiller la faction révolutionnaire ; et j'essayais d'arrêter les gouvernements sur la pente démocratique où ils s'étaient placés. A la seconde époque, les positions étaient changées : les buonapartistes et les révolutionnaires n'existaient plus ; les royalistes avaient obtenu la victoire par la Charte, mais beaucoup d'hommes que j'avais ralliés aux libertés légales les avaient trahies... J'étais obligé d'avertir les gouvernements des dangers de l'absolutisme, après les avoir prémunis contre l'entraînement populaire ».

Lorsque Villèle dut se retirer, après avoir perdu les élections de novembre 1827, Chateaubriand cessa son opposition et se rallia, sans tarder, au nouveau gouvernement de centre-droit animé par Martignac. Il aurait souhaité que l'ouverture pratiquée par celui-ci puisse s'étendre à des personnalités du centre-gauche comme Casimir Périer ou Sébastiani. Il accepta, néanmoins, de ne pas faire partie du gouvernement à la place de ministre des affaires étrangères qu'il souhaitait retrouver et, en mars 1828, de partir pour Rome, où il fut nommé ambassadeur trois mois plus tard. Si heureux qu'il ait été de retrouver la ville éternelle, cette nouvelle mission diplomatique, qui lui avait été confiée à contrecœur par le Roi, ne fut pas un plein succès. Quand le pape Léon XII mourut, en février 1829, ce ne fut pas le candidat de la France qui fut élu par le conclave et le favori de Metternich devint même secrétaire d'État. Il était en congé en France, lorsque le roi Charles X, en août 1829, fit appel à Polignac pour constituer un nouveau gouvernement. Martignac avait contribué à améliorer le climat politique. Le Roi, après un voyage triomphal dans l'Est de la France, s'était cru autorisé à reprendre les choses en main pour imposer ses choix. Chateaubriand, parfaitement lucide sur l'état véritable de l'opinion, refusa de «participer au malheur de la France » et démissionna de son ambassade de Rome, se tenant ensuite à l'écart de la scène politique.

Le refus du Roi de tenir compte du résultat des élections de juin 1830, pourtant sans ambiguïtés, puis les ordonnances de juillet provoquèrent, on le sait, une crise révolutionnaire où sombra la monarchie légitime. Le 30 juillet, Chateaubriand fut reconnu dans la rue, acclamé comme le défenseur de la liberté de la presse et porté en triomphe à la Chambre des pairs. Dans les jours qui suivirent, il fut approché par l'entourage du duc d'Orléans et se rendit même au Palais Royal. Charles X et le duc d'Angoulême avaient abdiqué et nommé Louis-Philippe lieutenant général du royaume, afin d'exercer la régence au nom duc de Bordeaux. Chateaubriand aurait souhaité que le duc d'Orléans se contente de cette solution. Il refusa de donner son aval à la montée de ce dernier sur le trône et dénonça cette «usurpation » dont il prédit l'échec final. Le 7 août, il parla pour la dernière fois à la tribune de la Chambre des pairs : « Un roi nommé par les Chambres ou élu par le peuple sera toujours, quoi qu'on fasse, une nouveauté... Je propose le duc de Bordeaux tout simplement comme une nécessité de meilleur aloi que celle dont on argumente...Je reconnais au malheur toutes les sortes de puissance, excepté celle de me délier de mes serments de fidélité ».

En 1831 et 1832, Chateaubriand publia pas moins de quatre opuscules, qui connurent un grand succès, pour développer une critique féroce de la monarchie de juillet et défendre les causes de la Légitimité et de la duchesse de Berry. Le dernier se terminait par une apostrophe restée célèbre : « Illustre captive de Blaye. Madame ! que votre héroïque présence sur une terre qui se connaît en héroïsme amène la France à vous répéter ce que mon indépendance politique m'a acquis le droit de vous dire : Votre fils est mon Roi ! » Nommé membre du «gouvernement secret » constitué par la duchesse de Berry, il fut arrêté en juin 1832 et placé en détention préventive pendant quinze jours dans les appartements du préfet de police. Il avait, pourtant, été de ceux qui avaient recommandé la plus grande prudence à Marie Caroline. En 1833, il se déplaça deux fois à Prague pour plaider, mais en vain, la cause de la duchesse de Berry auprès de Charles X en exil et c'est ainsi que prit fin son activité politique. En novembre 1843, néanmoins, il se rendit à Londres pour rendre hommage au comte de Chambord. Il avait 75 ans ; de nombreux français l'accompagnaient dans cette ultime démarche qui mit en fureur Louis-Philippe et Guizot. Le prétendant devenu majeur le combla d'égards et l'année suivante Chateaubriand évoqua la scène  dans une page pleine d'émotion de la Vie de Rancé.

Chateaubriand a présenté de façon assez distante et détachée cette activité politique des années 1814-1833, près de vingt ans de sa vie, dans ses Mémoires d'outre-tombe. Il a tenté d'atténuer le tournant de 1814, rappelant que dès son premier ouvrage, l'Essai sur les révolutions publié à Londres en 1797, il s'était beaucoup intéressé à la politique. Il a eu tendance à gommer la vigueur de ses polémiques et ses évolutions idéologiques, se présentant même parfois comme indifférent aux formes politiques et aux partis et attaché, avant tout, depuis le début de sa carrière, à la seule cause des libertés. Il a, enfin, volontiers minimisé la place dans son oeuvre des écrits que cette activité politique avait suscités. De nombreux commentateurs se sont laissés abuser par cette interprétation. La vérité était différente.

Pendant toute une première partie de sa vie, de 1787 à 1814, Chateaubriand avait, en réalité, plutôt fui et même refusé l'engagement politique qui lui semblait un moyen de perdition. Il assista, un peu effaré, ne sachant qu'en penser, aux deux premières années de la Révolution. En 1791, alors que tous les jeunes hommes de sa génération prenaient parti pour l'un ou l'autre des camps qui s'affrontaient, il partit, sur les conseils de Malesherbes, pour l'Amérique, afin d'entreprendre un voyage d'exploration, aussi loin que possible de Paris. Il revint, certes, un an plus tard après avoir appris par hasard la fuite du Roi à Varennes. En juillet 1792, il rejoignit, toujours sur les conseils de Malesherbes, l'armée des princes. Mais il ne participa qu'à la campagne de 1792. Réfugié en Angleterre, il se tint  ensuite pendant sept ans à l'écart de tous les enrôlements. Dans l'Essai de 1797 il tenta de donner une explication de la Révolution, privilégiant le thème de la corruption des mœurs. Il y analysa l'entreprise jacobine avec horreur mais renvoya dos à dos, ne souhaitant pas prendre parti, les deux clans qui se partageaient les milieux de l'émigration : les constitutionnels et les absolutistes. Lorsqu'il revint en France, en mai 1800, il participa, sous la houlette de Fontanes, au combat idéologique contre le parti révolutionnaire et les héritiers de la philosophie des Lumières. Mais il refusa d'aller plus loin, sur le terrain politique, et de se mettre au service de Napoléon, comme il avait refusé de rester en émigration. Sans doute dédia-t-il la seconde édition de son Génie du christianisme, en 1803, au Premier consul. Ce livre qu'il préparait depuis les derniers temps de son séjour à Londres était venu à point nommé appuyer dans l'opinion la nouvelle politique religieuse du gouvernement. Il accepta, de même, un poste de secrétaire d'ambassade à Rome. Mais dès l'année suivante, il démissionnait, refusant de poursuivre une carrière diplomatique à laquelle il avait aspiré et qui ne lui déplaisait pas. L'exécution du duc d'Enghien avait été pour lui le signal. Il comprit alors qu'au service d'une tyrannie qui n'avait d'autre fin que l'accroissement de son pouvoir, il ne pourrait que servir ou être brisé. Jusqu'à la fin de l'Empire, il se tint à cette attitude, sans entrer pour autant dans une opposition active au régime. En 1811, il voulut bien être candidat à l'Académie française, sachant que son discours de réception devrait contenir un éloge de l'Empereur. Il ne fut d'ailleurs élu qu'avec l'appui de celui-ci. Mais, en définitive, il ne fut pas reçu Quai Conti, non que l'hommage à la famille impériale de son projet d'allocution ait été jugé insuffisant, mais parce qu'il refusa de n'y pas critiquer le régicide en évoquant son prédécesseur. Chateaubriand ne voulut jamais renoncer à l'indépendance de sa pensée et de son expression. D'instinct il comprit très tôt qu'il ne pourrait mener une carrière politique qui serait digne de lui que dans le cadre d'un régime de libertés, c'est à dire d'un régime que la France n'obtint qu'à l'époque de la Restauration. C'est en ce sens que 1814 fut pour lui une étape décisive.

L'expérience qui suivit transforma aussi son œuvre. Chateaubriand était arrivé dans les dernières années de l'Empire, après la mise au point et la publication de l'Itinéraire, en février 1811, à une sorte d'impasse littéraire. Le faible succès des Martyrs l'avait affecté. Depuis 1803, il avait le projet d'écrire ses Mémoires.  Il s'y était mis en 1809. Mais il n'avait rédigé, à la fin de 1813, que les deux premiers «livres », soit à peine plus d'une soixantaine de pages, selon une conception qu'il abandonnera plus tard. Pendant les années 1811-1813, il utilisa la documentation réunie pour les Martyrs pour composer des discours historiques sur la fin de l'empire romain et les débuts du christianisme. Sans doute n'en fut-il guère satisfait car il les garda dans ses tiroirs, ne les livrant au public qu'en 1831, à l'occasion de l'édition de ses Œuvres complètes, et encore après les avoir fait précéder d'une longue préface, beaucoup plus intéressante, où il reformula sa philosophie de l'histoire. A partir de 1814, les stimulations de cette nouvelle vie politique, les contraintes du journalisme polémique et de la rhétorique parlementaire non seulement l'aidèrent à transformer son style et sa langue, comme il a été déjà noté, mais aussi lui donnèrent de nouvelles sources d'inspiration. Pendant les moments de loisir que lui laissa son activité d'homme politique et de diplomate, il reprit la rédaction de ses Mémoires et mit au point ses Œuvres complètes. Surtout, au terme de sa période d'engagement militant, en 1832, il fut conduit à repenser complètement le projet de ses Mémoires : celles-ci ne seront plus les seuls souvenirs de sa vie personnelle mais l'épopée de son temps qui a vu le passage de l'Ancien régime au monde moderne et auquel il pensera avoir apporté une contribution notable. Dix ans de travail supplémentaire ne seront pas de trop pour lui permettre de réaliser cette œuvre, les Mémoires d'outre tombe.

Marcel Aymé, dont on vient de publier les Écrits sur la politique, notait non sans raison : « C'est la faiblesse de presque tous les écrivains qu'ils donneraient le meilleur d'eux-mêmes et de ce qu'il ont écrit de plus propre, pour obtenir un emploi de cireur de bottes dans la politique ». Le vicomte de Chateaubriand n'a jamais été un flatteur. La violence des polémiques auxquelles il participa fut même la principale des  raisons qui ne lui permirent pas de plus accéder au ministère. Le roi Charles X ne lui pardonnait pas ses critiques de Villèle. Mais il a comme écrivain su tirer le meilleur de ce que la politique pouvait lui donner. Et la Restauration lui a malgré tout permis d'être un grand ministre des affaires étrangères. Ce qui n'est pas si fréquent.

Guy Berger - La revue des Anciens Élèves de l'ENA NUMÉRO HORS-SERIE, "POLITIQUE ET LITTÉRATURE" - Décembre 2003

11.09.2009

L'école est finie

06.09.2009

Châteaubriand et la politique. Partie I

09.jpgChateaubriand est le premier de nos grands écrivains qui, après avoir acquis une audience auprès du public par ses réussites littéraires, a exercé ensuite presque tous les métiers de la politique moderne, et ce de façon paisible, avec des succès renouvelés. Avant lui, bien sûr, d'autres écrivains avaient eu des «idées politiques », conseillé les princes ou  participé à l'orchestration des passions politiques de leur temps. Il y a une «politique de Pascal » que l'on peut reconstituer à partir de quelques pensées, comme il y a une «politique de Corneille » présente dans son théâtre. Diderot rédigea les articles de doctrine de l'Encyclopédie et offrit ses avis à Catherine II. Rousseau fut non seulement l'auteur du Contrat social mais aussi le consultant des Polonais et des Corses insurgés. Au temps des guerres de religion, Ronsard et Agrippa d'Aubigné avaient déjà exprimé avec éloquence les aspirations et les fureurs des catholiques ou des protestants français. Mais sous l'Ancien régime, aucun écrivain n'avait eu à jouer un rôle politique. C'est en tant que grands seigneurs que le Cardinal de Retz et Saint-Simon avaient été des acteurs majeurs de la Fronde ou de la Régence qu'ils évoquèrent ensuite dans leurs Mémoires. Sous la Révolution, la plupart de ceux qui, comme Condorcet, Chamfort ou André Chénier, furent tentés par les mandats électifs, le militantisme ou le journalisme engagé y laissèrent la vie.

L'entrée de Chateaubriand en politique à partir d'avril 1814 fut emblématique d'une nouvelle époque. Alors qu'il était considéré comme le premier écrivain de sa génération, il entreprit à partir de ce moment une seconde carrière d'homme politique, qu'il poursuivit avec opiniâtreté jusqu'en 1833. Elle lui permit d'être tour à tour ou simultanément un essayiste, voire un propagandiste, écouté, un journaliste réputé, un haut fonctionnaire politique de premier rang, ambassadeur à Berlin, Londres et Rome, un membre du gouvernement, comme ministre des affaires étrangères,  un membre influent de l'état-major d'un parti politique, un grand parlementaire enfin, intervenant régulièrement, pendant près de quinze ans, à la tribune de la Chambre haute.

D'autres «intellectuels » tenteront, après lui, de mener cette seconde carrière  politique qu'autorisait, en principe, le nouvel age de la démocratie et de l'égalité des droits. Peu, à vrai dire, y réussiront aussi brillamment. Guizot, qui dirigea le gouvernement pendant près de sept ans, est peut-être le seul qui ait connu, sur ce plan, un succès plus marqué, c'est-à-dire exercé plus de pouvoir. Lamartine, parlementaire d'opposition sous la Monarchie de juillet, n'accéda au ministère que pour une très brève période, en 1848, avant de connaître un échec électoral, humiliant et définitif. Par la suite, de Victor Hugo à Malraux, de Barrès à Giraudoux, les écrivains qui fréquentèrent les assemblées ou les bureaux ministériels, ne le firent guère qu'en amateurs ou à des postes secondaires. Claudel, Alexis Léger (Saint John Perse) ou Paul Morand se gardèrent bien d'être autre chose que des hauts fonctionnaires. Comme si le peuple souverain était en définitive plus méfiant ou moins facile à séduire que les monarques de la première moitié du dix-neuvième siècle !

Chateaubriand entra en politique en publiant, le 5 avril 1814, un pamphlet daté du 30 mars, intitulé De Buonaparte et des Bourbons et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes pour le bonheur de la France et celui de l'Europe. Les Alliés venaient de pénétrer dans Paris et Napoléon d'abdiquer. Si Talleyrand avait déjà fait admettre au tsar Alexandre I, d'abord très réticent, que le retour des Bourbons était la seule solution concevable et si Wellington et les Anglais y étaient favorables, les uns et les autres hésitaient dans l'attente des réactions des Français. Chateaubriand contribua à créer un mouvement d'opinion royaliste à Paris qui se révéla décisif. Le public cultivé attendait ses écrits où il retrouvait sa sensibilité. Il écrira plus tard, dans ses Mémoires d'outre-tombe, que Louis XVIII aurait déclaré que cette brochure lui «avait plus profité qu'une armée de cent mille hommes ». Que ce propos ait été exact ou non, il montre que Chateaubriand avait conscience qu'il se mettait désormais au service d'une cause politique en utilisant l'influence qu'il avait acquise sur l'opinion depuis 1801, l'année d'Atala, par les livres qu'il avait fait paraître. Ce premier texte fut suivi, et ce dès cette année 1814, de nombreux autres écrits publiés en brochures ou sous forme d'articles dans la presse, notamment dans le Journal des débats de son ami Bertin. D'octobre 1818 à mars 1820, il participa au lancement et à la rédaction d'un journal, Le Conservateur. Ce fut un vrai succès de presse et il y donna plusieurs fois par mois de copieux articles. En août 1815, il fut nommé par le roi Louis XVIII membre de la Chambre des pairs. A la tribune de cette assemblée il prononça jusqu'en août 1830 de nombreux discours. Enfin, comme ambassadeur ou comme ministre, il rédigea lui-même des notes et dépêches de janvier 1822 à août 1824 puis de juin 1828 à août 1829. Cette production de textes politiques s'acheva en décembre 1832 par la publication d'une brochure de 121 pages, le Mémoire sur la captivité de Madame la duchesse de Berry, qui lui valut d'être poursuivi devant la Cour d'assises et ...triomphalement acquitté.

Si surprenant que cela puisse paraître, ce corpus d'écrits, fort abondant mais très dispersé, n'a pas encore fait l'objet d'une véritable édition scientifique. Chateaubriand fera figurer dans ses Œuvres complètes publiées de 1826 à 1831 chez Ladvocat deux volumes de Mélanges politiques reprenant la plupart de ses opuscules, un volume intitulé Polémique regroupant les articles de presse des années 1818-1820 et 1825-1826, un volume d'Opinions et discours se terminant par son discours de démission de la Chambre des pairs en août 1830 et enfin un volume de Mélanges historiques où il placera des études contemporaines des textes précédents mais dont le sens était surtout politique, comme les articles sur la Vendée du Conservateur ou un essai inédit sur les Quatre Stuarts. Le Congrès de Vérone, publié en 1838, qui se présente comme un morceau anticipé de ses Mémoires, comportera tout un volume de pièces justificatives où l'auteur utilisera sa correspondance diplomatique des années 1822-1824. Mais certains morceaux trouveront place ailleurs. Une Note sur la Grèce publiée en 1825 pour soutenir l'action du comité philhellène sera reprise, l'année suivante, en introduction de la réédition de l'Itinéraire de Paris à Jérusalem des Œuvres complètes. Le Mémoire sur les affaires d'orient qu'il avait adressé au ministre des affaires étrangères en novembre 1828 n'apparaîtera que dans les Mémoires d'outre-tombe. Les seules Œuvres complètes publiées après la disparition de Chateaubriand, celles de l'édition Garnier de 1861-1863 introduite par une longue étude de Sainte-Beuve, adopteront ce choix et ce classement et ne changeront pas l'état du texte. Or Chateaubriand non seulement n'avait pas publié l'intégralité de ses écrits politiques mais il avait  quelquefois revu le texte original et pratiqué des coupures qui n'étaient pas toutes anodines.

Cette partie de l'œuvre de Chateaubriand sans être ignorée a été longtemps très négligée. Alors que les romans, les voyages, les Mémoires d'outre tombe, le Génie du christianisme, l'Essai sur les révolutions, la Vie de Rancé ont fait l'objet de vraies éditions critiques, et ce depuis plusieurs décennies, la première édition critique de tous les écrits politiques de Chateaubriand, présentés dans leur ordre chronologique et collationnés sur les textes originaux, avec mention des variantes, a été publiée ... en juin 2002, par Colin Smethurst, chez Droz, dans un volume qui ne couvre, encore, que la période allant d'avril 1814 à la fin de 1816. Jean-Paul Clément, le directeur de la Maison de Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups, avait, toutefois, publié en 1987 une excellente anthologie commentée, Chateaubriand politique, dans la collection Pluriel d'Hachette. On peut dater de cette publication un réel renouveau d'intérêt pour les écrits politiques de Chateaubriand. En 1993 Jean-Paul Clément avait pu soutenir cet intérêt en donnant à l'Imprimerie nationale une bonne édition des Grands écrits politiques qui rendait à nouveau accessibles sept écrits majeurs dans leur texte intégral établi avec sûreté. On peut espérer que l'édition critique des Œuvres complètes qui est actuellement en projet chez Slatkine permette enfin de bien percevoir l'importance, l'originalité et la diversité de cette partie de l'œuvre de Chateaubriand.

Pour qui veut bien s'y plonger son intérêt est double. Intérêt littéraire, car ces écrits politiques ont été le véritable atelier du style que Chateaubriand porta ensuite à sa perfection dans l'œuvre postérieure, les Mémoires d'outre tombe et la Vie de Rancé, en échappant aux contraintes de l'esthétique néo-classique, encore si présentes dans Les Martyrs ou l'Itinéraire. Chateaubriand y a également créé la plupart des «genres littéraires » de la littérature politique moderne, du pamphlet d'humeur au discours technique sur des questions budgétaires et financières, en passant par l'étude de droit constitutionnel ou la discussion des options d'une politique étrangère. Intérêt historique, car ces écrits politiques ne furent pas seulement des prises de position d'un intellectuel sans responsabilités, ils accompagnèrent  une activité politique, parfois assez fébrile, qui conduisit leur auteur à participer à de nombreuses réunions et conciliabules dans les cercles politiques et à rechercher des emplois où il puisse exercer une influence et avoir du pouvoir. On ne peut sans s'y reporter comprendre ce que fut cette activité politique que Chateaubriand mena sans jamais renoncer à ses idées, étant précisé aussitôt que ces idées évoluèrent elles-mêmes en raison des circonstances et de la réflexion de leur auteur.

Trois mois après la publication de De Buonaparte et des Bourbons, en juillet 1814, ses relations dans la haute aristocratie et l'amitié de Madame de Duras lui avaient valu d'être nommé ambassadeur en Suède, poste qu'il ne rejoignit jamais mais dont il perçut le traitement. En avril 1815, le Roi lui permit de le suivre à Gand et l'admit au conseil «pour parler de l'intérieur ». Au retour de Gand, après les Cent Jours, il devint ministre d'État, fonction honorifique mais bien rémunérée qui avait été reprise de la pratique de l'Ancien régime, et il fit partie de la première fournée de la Chambre des pairs. Mais Chateaubriand, qui sous la première Restauration avait été proche du centre et avait défendu la Charte avec éloquence et habileté dans ses Réflexions politiques d'octobre 1814, ce qui lui avait attiré la bienveillance de Louis XVIII, se rapprocha alors de la droite ultra qui venait de gagner les élections à la Chambre des députés. Il devint l'un des principaux porte-parole de ce parti à la Chambre des pairs. Il avait été révolté par l'entrée de Fouché dans le ministère et considérait que les Cent Jours avaient montré qu'il était  devenu nécessaire de refonder la société française sur des bases traditionnelles. Le Roi ayant décidé de maintenir un gouvernement du centre pour des raisons tant de politique étrangère que de politique intérieure, Chateaubriand se trouva  assez vite rejeté dans l'opposition au ministère et, de façon sourde, au souverain. La rupture intervint en septembre 1816, lorsqu'il publia La monarchie selon la Charte où, malgré le conseil que lui avait fait passer Louis XVIII, il critiquait le ministère Richelieu-Decazes, trop complaisant selon lui pour les «intérêts révolutionnaires », et la décision de dissoudre la Chambre introuvable. En représailles, il fut destitué de son titre de ministre d'État, ce qui l'obligea à vendre sa chère Vallée-aux-Loups.

Guy Berger - La revue des Anciens Élèves de l'ENA NUMÉRO HORS-SERIE, "POLITIQUE ET LITTÉRATURE" - Décembre 2003

05.09.2009

J.-P.Chevènement à l'Université d'été du Parti socialiste

J'avertis les gens que la vidéo débute par l'intervention de l'écologiste Cécile Duflot. Jean-Pierre Chevènement est au milieu de la vidéo.
Donc soit vous êtes courageux et vous parviendrez à supporter le discours vide et bien peu alternatif de l'écologiste en question, soit vous passez directement au meilleur. A vous de voir...


01.09.2009

Le Gaullisme de Gauche. Partie 2

deGaulleRPFmeet%2052.jpgEdmond MICHELET

Né le 8 octobre 1889 à Paris et engagé volontaire en janvier 1918, il préside l'Association catholique de la jeunesse catholique (ACJF) du Béarn (1922-1925) puis adhère aux Équipes sociales. Résistant dès juin 1940, il constitue le mouvement Liberté, qui participe à la création de Combat en 1941. Chef régional des Mouvements unis de la résistance (MUR) en 1942, arrêté par la Gestapo en février 1943, il est déporté à Dachau. Il est membre de l'Assemblée consultative provisoire, ministre des Armées (novembre 1945-janvier 1946), il est député MRP de Corrèze. Adhèrent du RPF, il est exclu du MRP, puis membre du Conseil de direction du RPF (1949-1953). Battu aux législatives, il est sénateur de la Seine (1952-1959), et sera à la tête de tous les partis gaullistes du RPF à l'UNR-UDT. Il est successivement ministre des Anciens combattants et Victimes de guerre (1958), puis ministre de la Justice (1959-1961). Membre du Conseil constitutionnel, il succède à André Malraux en 1969 sous la présidence de Pompidou, comme ministre des Affaires culturelles, jusqu'à son décès à Marsillac (Corrèze) le 9 octobre 1970.

Yvon MORANDAT

Né le 25 décembre 1913 à Buellas (Ain), il milite dans le syndicalisme chrétien. Après la campagne de Norvège (1939) et est l'un des premiers volontaires à rejoindre de Gaulle. Parachuté en France en 1941, en contact avec le mouvement Libération, il favorise la compréhension entre la Résistance intérieure et la France libre. Membre de l'Assemblée consultative d'Alger (1943), il participe à la libération de Paris (août 1944), fonde et préside l'Agence européenne de presse (1944-1947). Attaché au cabinet de Jules Moch, ministre de l'Intérieur (1947), il entre au conseil d'administration des Houillères de France (1949-1969). Membre fondateur du RPF (1947), il en est le délégué à l'Action ouvrière en 1951. Député après le 13 mai 1958, il est l'un des fondateurs de l'Association pour le soutien de l'action du général de Gaulle (1958) et du Centre de réforme républicain. Membre du Comité directeur de l'Union démocratique du travail (UDT, avril 1959), il est, de mai à juillet 1968, secrétaire d'Etat chargé des Affaires sociales et de l'Emploi. Membre du Conseil économique et social à partir de septembre 1969, il meurt le 8 novembre 1972.

Maurice SCHUMANN

Né à Paris le 11 avril 1911, il est journaliste à l'agence Havas et dans la mouvance démocrate-chrétienne, il collabore à L'Aube et à Temps présent. Rallié au général de Gaulle (1940), il est porte-parole de la France libre ("Les Français parlent aux Français"), puis rejoint le front de Normandie en août 44. Cofondateur du MRP, il en assure la présidence de 1945 à 1949. Elu député du Nord en 1945, régulièrement réélu jusqu'en 1973 (MRP, puis apparenté gaulliste à partir de 1967), il est secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères (1951-1954). Il se rallie à la Ve République, ministre de l'Aménagement du territoire (avril 1962), il quitte le gouvernement avec tous les ministres MRP en mai. Il y revient (ministre d'Etat chargé de la Recherche scientifique et des Questions atomiques et spatiales en 1967, ministre des Affaires sociales en 1968). Européen convaincu, il est ministre des Affaires étrangères de Pompidou (69-73). Rallié au RPR, il est sénateur du Nord depuis 1974. Il est Compagnon de la Libération et membre de l'Académie française. Il meurt le 9 février 1998.

Louis TERRENOIRE

Né le 10 novembre 1908 à Lyon (Rhône), il est responsable de syndicats chrétiens (1928), rédacteur en chef de La Voix sociale, puis du Nouveau Journal de Lyon (1930-1931), et rejoint, en 1932, L'Aube (périodique démocrate-chrétien). Résistant dès 1940, il devient secrétaire du Conseil national de la résistance (CNR) en 1943. Arrêté par la Gestapo, en décembre 1943 puis en mars 1944, il est déporté à Dachau. Député MRP de l'Orne aux deux Assemblées constituantes, puis à l'Assemblée nationale (1946), il adhère au RPF et devient vice-président du Mouvement républicain populaire indépendant, après son exclusion du MRP hostile à la double appartenance. Secrétaire général du RPF (51-54), il échoue à la députation sous la IVe République, mais retrouve son siège à partir de 1958. Président du groupe UNR de l'Assemblée nationale (1959-1960), il est ministre de l'Information (1960-1961) puis ministre délégué chargé des relations avec le Parlement (1961-1962). Secrétaire général de l'UNR (mai-décembre 1962), il est co-directeur de l'hebdomadaire UNR-UDT Notre République (1963-1964). Il renonce en 1973 à son siège de député et meurt le 8 janvier 1992.

Louis VALLON

Louis Vallon naît le 12 août 1901 à Crest dans la Drôme. Socialiste, esprit original et désintéressé, il choisit de mener une vie sans concession. Polytechnicien, il est ingénieur radio-électricien de 1924 à 1929, puis chef des émissions économiques et sociales de la radiodiffusion de 1936 à 1939. Il est mobilisé cette année-là comme capitaine dans une division d'intervalle entre deux ouvrages de la ligne Maginot. Il s'engage en 1942 dans un réseau de renseignements clandestins, la Confrérie Notre-Dame dirigée par Rémy. Celle-ci est ravagée par des dénonciations et Louis Vallon rejoint Londres. Il est désigné par le colonel Passy pour créer et diriger un bureau appelé à traiter au sein du BCRA toutes les questions non militaires. Requis à Alger, il joue un rôle de premier plan à l'Assemblée consultative de 1943 à 1944. De retour à Londres, il forme un commando de parachutistes à la tête duquel il prend part à la campagne de France. Après la guerre, sa vie devient publique. On le retrouve directeur-adjoint pour les questions économiques et financières au cabinet du général de Gaulle de 1944 à 1946. Directeur de l'administration des monnaies et médailles de 1946 à 1951, il est député RPF de la Seine de 1951 à 1955. Il est directeur à l'administration centrale des Finances de 1956 à 1962, commissaire du gouvernement auprès de la Banque générale de crédit et de participations (Saga) de 1961 à 1962, membre du Conseil économique et social de 1959 à 1962. Député UNR-UDT de Seine et Oise et rapporteur général de la commission des Finances de l'Assemblée nationale de 1962 à 1967, il est député de Paris dans la 25eme circonscription de 1968 à 1973. Venu au général de Gaulle sans restriction, inspirateur de l'idée de Participation, il entend que le gaullisme réalise un rassemblement de toutes les classes de la nation. Il meurt en 1981.

3 Ma conclusion

Je voulais tirer une conclusion concernant cette notion de gaullisme de gauche et ce qu'elle peut signifier aujourd'hui. Comme on l'a vu, le gaullisme de gauche est historiquement le gaullisme provenant d'hommes politiques issus de mouvements socialistes ou communistes de l'ère pré-gaullienne. Comme le gaullisme c'est d'abord, historiquement, le mouvement de résistance nationale face à l'oppression nazie lors de la dernière grande guerre, cela a été une union de personnes qui parfois faisaient auparavant de la politique et qui venaient donc de divers mouvements, qu'ils soient de gauche ou de droite. Pourtant, me diriez-vous, nous n'avons généralement pas à préciser la notion de gaullisme de droite. Ceci peut s'expliquer entre autres ainsi : bien que le Conseil National de la Réiststance* contenait plusieurs communistes, socialistes et radicaux-socialistes, le gaullisme des années RPF** (donc post-CNR) a été placé à droite car en marge du bloc socialo-communiste sur l'échiquier politique. Puisque le RPF n'était pas la gauche socialo-communiste marxiste, il devenait par défaut la droite. Pourtant, il existait une droite à l'époque : le CNI, les Républicains Indépendants, l'extrème droite étant les mouvements néo-maurassiens ou des cellules nostalgiques du fascisme.
Certains diront aussi que le Général de Gaulle était de droite car de tradition monarchiste ; pourtant, dans les faits, le Général à ré-instaurer la République ! Or cela justifierait l'existence de la notion de gaullistes de gauche, ces "républicains socialistes" fidèles au Général.
Seulement, moi je trouve que ceux qu'on nommerait les gaullistes de droite (exemple : les chiraquiens***) ont bien souvent laissé tomber l'idéal économique et social (pilier d'une pensée et d'une action politique****) du Général. Idéal se formulant autour d'une troisième voie économique, inspirée du christianisme social et du socialisme associationniste, intégré dans le socialisme chrétien.
C'est pour tout cela que, quand l'on me dit parfois "tu es un gaulliste de gauche" (car je défends la troisième voie) je préfère dire gaulliste tout court ! Et je dis que tous ceux qui ont laissé tomber cet idéal n'étaient plus des gaullistes, à commencer par Georges Pompidou qui pensait que l'Association capital-travail, pourtant cher à de Gaulle, n'était qu'une chimère. Et lesdits gaullistes de gauche, eux, ont été des fidèles au Général et à ses idées jusqu'au bout (exemple le plus célèbre : André Malraux).

* Le CNR était cette véritable union d'hommes politiques sincèrement patriotes et qui avaient su, pour le sursaut suprême du peuple libéré, dépassé les clivages politiques traditionnaux pour établir un authentique gouvernement d'intérêt général. Rien à voir avec la politique sarkozyenne d'ouverture, soixante ans après, qui ne se fonde non pas sur le patriotisme, une économie contrôlée et une volontée d'indépendance nationale mais sur l'acceptation des dogmes fédéraliste européen, atlantiste et libéral.
** Le Rassemblement du Peuple Français est, nous pouvons dire, le premier mouvement gaulliste de l'histoire. Son programme est dans les allocutions et discours du Général de Gaulle retrouvables dans le livre datant de 1947 intitulé La France sera la France dont j'ai un exemplaire.
*** Comme je dis : les gaullistes ont trahi de Gaulle. Chirac a trahi les chiraquiens. Et pour la petite histoire, les chiraquiens n'étaient pas en partie les gaullistes d'hier ?
**** On notera qu'aujourd'hui les partis politiques français sont vidés de toute volonté d'alternative économique et sociale. Le Parti socialiste n'a plus rien de socialiste, le Parti communiste a laissé tomber la dimension étatisme du marxisme pour se recycler sous forme d'une grosse association pseudo-humanitaire luttant contre les discriminations multiples et n'étant donc plus capable de proposer un projet politique global. Quant à la droite, elle est livrée au dogme fédéral-libéral atlantiste (dont Nicolas Sarkozy est le chef de file français) dans lequel les pensées d'un Bonaparte, d'un Châteaubriand ou d'un Danton n'ont plus du tout leur place.

Antoine Chimel

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